Sur fond de climat économique morose, le secteur des technologies médicales confirme sa capacité de résistance aux aléas conjoncturels. «Après une chute en avril, nous assistons désormais à un phénomène de rattrapage», note Florent Plé, patron de Symbios Orthopédie.

Active dans la fabrication de prothèses pour la hanche et le genou, son entreprise a annoncé jeudi la construction d’un nouveau site de production, à Yverdon-les-Bains. Déjà envisagé avant le début de la pandémie, ce bâtiment de 12 000 mètres carrés sera implanté dans le parc technologique d’Y-Parc où la société, créée en 1989, est déjà présente.

Si la crise sanitaire n’a pas eu raison de ce projet, c’est que celui-ci s’inscrit dans un marché porteur: «Avec le vieillissement de la population, les besoins en matière de prothèses vont augmenter, relève Florent Plé. Mais toute l’industrie sait qu’il faut améliorer la technologie, surtout pour les prothèses du genou.»

Symbios Orthopédie entend bien répondre à cet enjeu. Pour ce faire, il faut pouvoir faire du «sur-mesure, mais à un niveau industriel», précise son directeur. Et le nouveau bâtiment va jouer un rôle crucial pour relever le défi: «Faire du sur-mesure, c’est complexe parce qu’on travaille en flux tendu. On a cinq à huit semaines pour concevoir, produire et livrer. Avec les volumes, cela devient vite compliqué.»

Le nouvel écrin de la société vise à offrir les moyens de production dernier cri nécessaires pour répondre à ces exigences. Il doit aussi permettre d’héberger le personnel de la société, à l’étroit dans ses locaux actuels. «Le nombre d’employés a passé de 70 personnes il y a dix ans à 150 aujourd’hui», souligne Florent Plé. L’entrepreneur espère doubler son chiffre d’affaires et son effectif dans les cinq années à venir, soulignant que le projet lancé représente une vision «à quinze ans».

Un investissement de 50 millions

Pour cette réalisation, 50 millions de francs vont être investis. Cet argent ne sera pas mis sur la table par la société, mais par un groupe d’investisseurs locaux réunis autour de l’entrepreneur Mario Di Pietrantonio. Ce dernier va gérer la construction du bâtiment, qui devrait accueillir ses employés au cours du premier trimestre 2022, et les louera à Symbios Orthopédie. 

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Peu répandu en Suisse, le modèle représente une première à Y-Parc. Selon Juliana Pantet, directrice du parc technologique, il est voué à se développer: «Avant, les entreprises n’avaient pas d’autres possibilités que de construire elles-mêmes. Or, au-delà de la problématique du financement, elles ne disposent pas du savoir-faire et des contacts dans ce domaine. Cela peut vite entraîner des problèmes ou des pertes de temps.»

Y-Parc dispose ainsi désormais d’un réseau d’investisseurs qui peuvent être intéressés par cette formule. Florent Plé y voit un grand potentiel, car il permet à sa société de se concentrer sur son coeur de métier.

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Les medtech suisses toujours en sursis

L’association allemande qui regroupe les acteurs de la medtech (BVMed) s’inquiète de possibles pénuries de dispositifs médicaux en Europe.

Fin août, elle a interpelé la Commission européenne à ce sujet. Avec l’entrée en vigueur, en mai prochain, de la nouvelle règlementation européenne sur les dispositifs médicaux, Bruxelles pourrait ne pas renouveler l’accord de reconnaissance mutuelle (ARM), une mesure de représailles en raison de l’enlisement des négociations sur l’accord-cadre européen.

Le vide institutionnel créé obligerait les entreprises suisses à avoir une représentation dans un pays de l’UE pour exporter. Le Conseil fédéral entend demander la réciprocité.

Swiss Medtech signale qu’un tel scénario pourrait entraîner des problèmes d’approvisionnement en Suisse dans des domaines tels que le traitement de l’incontinence. En Europe, des implants, un domaine dans lequel les entreprises helvétiques sont très présentes, pourraient aussi venir à manquer.