Quarante ans. Voilà quarante ans, désormais, que Christy Hoffman défend les intérêts des travailleurs de tous bords. Mais depuis l’été dernier, elle est encore montée d’un étage, en accédant au statut de ce que certains qualifient de supersyndicaliste.

Christy Hoffman, avocate et économiste américaine de 62 ans, a succédé à Philip Jennings au poste de secrétaire générale d'UNI Global Union. Et à Nyon, où l'organisation a son quartier général, ce n’est pas qu’un simple passage de témoin. Celui dont elle a été l’adjointe a passé dix-huit ans à la tête de l’organisation avant de partir à la retraite. Philip Jennings en est le fondateur.

Son premier WEF

Mais ce n’est pas parce qu’elle accède ce poste qu’elle a l’intention de ne plus toucher terre. L’habitude du terrain (et la volonté d’y rester), justement, c’est ce qui caractérisera son mandat: «J’aime les négociations avec les entreprises et les industriels. C’est ce que j’ai toujours fait et je vais continuer». La preuve qu’elle a plus souvent parlementé avec les employeurs que fréquenté les hautes sphères? Elle vivra cette semaine son premier WEF.

Il faut intégrer les nouvelles technologies dans le monde du travail et des travailleurs. Nous voulons qu’ils soient formés et protégés pendant cette transition

A Davos, il sera beaucoup question de numérisation et de quatrième révolution industrielle. Du grain à moudre pour un syndicat, alors que l’on annonce ça et là des destructions d’emplois qui seront remplacés par les nouvelles technologies? «Les chiffres articulés sont de la divination, coupe Christy Hoffman. Je ne crois pas à la disparition massives de postes de travail. Il y en aura, dans certains secteurs. Mais je n’attribue pas la détérioration des conditions de travail des employés à la technologie. C’est peut-être un accélérateur, mais c’est surtout une excuse pour les employeurs».

En plus d’être original, son discours est plutôt progressiste. «Il faut intégrer ces nouvelles technologies dans le monde du travail et des travailleurs. Nous voulons qu’ils soient formés et protégés pendant cette transition».

Le textile au Bangladesh

A en croire les déclarations de l’une de ses homologues, Sharan Burrow, la secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), on peut lui faire confiance pour se faire entendre, dans le brouhaha de la cité grisonne: «Elle a le syndicalisme dans le sang. C’est une stratège hors pair et une lutteuse dans l’âme, elle fait vraiment bouger les choses».

Si elle est aujourd’hui à la tête d’un syndicat spécialisé dans le secteur des services, Christy Hoffman a surtout, durant sa carrière, défendu les métiers manuels. Les machinistes, les transporteurs, les mineurs, les ouvriers du textile… Son dossier le plus médiatisé est sans doute le premier accord juridiquement contraignant, en 2013, conclu dans la chaîne d’approvisionnement du textile, quelques semaines après l’effondrement du Rana Plaza, à Racca au Bangladesh, qui avait fait plus d’un millier de victimes.

Inutile, dès lors, de souligner qu’elle voit d’un très bon oeil l’initiative suisse pour des multinationales responsables.


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