«Il y a quatre ans, Nestlé était le meilleur employeur de notre ville de près d'un million d'habitants. Les salaires étaient 2,5 fois plus élevés qu'ailleurs. Aujourd'hui, il n'y a plus de différence. Les ouvriers qualifiés, dépités, quittent l'usine.»

Larisa Selivanova, de passage lundi à Berne, est amère mais décidée à faire changer les choses. Employée du groupe Nestlé à Perm et présidente du syndicat de l'usine qui fabrique les barres chocolatées Kit Kat pour le marché russe, elle déposera aujourd'hui au siège veveysan de la multinationale des revendications au nom de ses 900 collègues travaillant au pied de l'Oural, à 1400 km au sud-est de Moscou.

Le conflit, qui touche l'une des 480 usines du groupe alimentaire, dure depuis plus de cinq mois. Deux manifestations, l'une à Perm et l'autre à Moscou, n'ont, selon les syndicats, pas fait avancer les choses. Raison pour laquelle, deux délégués ouvriers, appuyés par le syndicat suisse Unia et l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation (UITA), ont fait le déplacement en Suisse. Ils déploieront deux banderoles et tenteront de remettre un texte à la direction internationale du groupe à Vevey. Les syndicalistes russes reprochent à la direction de l'usine de Perm son «autoritarisme» et son refus d'entrer en matière «par des négociations constructives», sur des augmentations de salaire. La revendication salariale, soit une hausse de 48%, semble très élevée.

«Cela peut paraître exorbitant en Europe, mais c'est tout à fait raisonnable si l'on tient compte de la forte inflation annuelle (16,4%) dans la région de Perm et des gains de productivité non répercutés sur les travailleurs ces dernières années», explique Larisa Selivanova. Le pouvoir d'achat s'est fortement érodé. «Avec un salaire mensuel moyen de quelque 365 euros par mois, certains ouvriers vendent leur sang pour gagner suffisamment d'argent et se privent de la cantine de l'usine, devenue trop chère», constate la syndicaliste. Nestlé possède 14 usines employant 9000 personnes en Russie. Pourquoi le mouvement de protestation ne touche-t-il pas les autres sites? «Le salaire n'est pas le seul problème à Perm. La direction est particulièrement rigide. Elle interprète les directives à la lettre, alors qu'ailleurs des discussions et des compensations sont possibles», explique Larisa Selivanova.

Principes de l'OCDE violés?

Robin Tickle, porte-parole de Nestlé, rappelle que «la législation russe est respectée et que chaque site dispose d'une convention collective». L'UITA estime que le groupe veveysan, par son «refus de négocier avec les syndicats» et par la «mise hors service» de la messagerie interne à Perm, viole plusieurs principes de l'OCDE, pourtant acceptés par la multinationale.

Il s'agit notamment du «droit des salariés à des négociations constructives» et de «la communication des informations» nécessaires à ces négociations. Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco), garant du respect de ce texte, a été alerté par Unia. «On rejette toutes les accusations de non-respect des principes directeurs de l'OCDE», déclare Robin Tickle. Le porte-parole indique que des augmentations de salaire de plus de 30% ont été accordées à Perm, depuis janvier 2007.