A lors que des affrontements violents ont encore opposé dimanche à Séoul les syndicalistes du constructeur automobile Daewoo Motors aux forces de l'ordre, la déconfiture du grand conglomérat coréen s'apprête à éclabousser l'Hexagone.

En 1996, Kim Woo Chung, le PDG de Daewoo, y négociait presque d'égal à égal avec Alain Juppé, premier ministre francais pressé de lui vendre le groupe Thomson Multimédia. L'opération échouera. Mais cinq ans après, le chemin de Daewoo croise à nouveau la France. Mardi, quatre syndicalistes coréens sont attendus à Paris pour tenter de retrouver M. Kim, en fuite depuis la faillite de son groupe en 1999. Les syndicats sont persuadés qu'il se cache soit sur la Côte d'Azur, soit en Allemagne. Ces détectives en bleu de travail seront épaulés par la CGT, avec laquelle la puissante confédération coréenne KCTU est en relation. Leur objectif est d'obliger les procureurs de Séoul à délivrer un mandat d'arrêt international contre l'ex-PDG, soupçonné par la justice de son pays d'avoir détourné plusieurs centaines de millions de dollars. Les syndicalistes franchiront ensuite le Rhin pour pister là aussi M. Kim et sa famille.

Cette mission est avant tout symbolique. Après la faillite du conglomérat, la justice coréenne a retenu des charges contre l'ex-PDG, tout en évitant de l'inculper formellement et de réclamer son extradition. Sept dirigeants de Daewoo ont été arrêtés, alors que le principal intéressé reste libre. Une réticence dénoncée par Kim Joo Hee, la porte-parole du syndicat des métallurgistes de la KCTU: «L'expansion de Daewoo n'aurait pas été possible sans le feu vert de hauts fonctionnaires toujours en poste aujourd'hui. Les crédits bancaires illimités dont a bénéficié le groupe étaient approuvés par l'administration.»

Une compagnie écran basée à Londres, British Financial Center, a été identifiée comme le réceptacle de plusieurs détournements. Les syndicalistes, qui se débattent pour sauver les dizaines de milliers d'emplois menacés par la déconfiture du chaebol (conglomérat), exigent justice. La délégation syndicale attendue à Paris sera dirigée par Yu Man Hyeong, de Daewoo Motors, l'ancienne branche automobile du groupe où la direction a annoncé vendredi 1700 nouveaux licenciements. Depuis deux mois, M. Yu et ses collègues ont dépouillé la comptabilité du défunt conglomérat pour identifier les biens de Kim Woo Chung. A l'époque de la faillite du groupe, le PDG possédait des propriétés en France, en Allemagne et aux Etats-Unis. Il a été aperçu dans ces trois pays ainsi qu'au Vietnam, en Chine et au Soudan, où son ex-groupe avait lourdement investi.

Le départ de la mission pour Paris intervient alors que les procureurs coréens chargés du dossier ont recommencé à examiner le dossier des fraudes.

Manifestations

Les syndicalistes prévoient de manifester en France devant l'ambassade de Corée du Sud, et de se rendre au siège d'Interpol. Ils ont en outre l'intention de coller sur les devantures des concessionnaires Daewoo, mais aussi sur les Champs-Elysées et sur la Croisette, les affiches réalisées à Séoul montrant le visage de Kim Woo Chung barré de la mention «coupable». Ils demanderont audience aux autorités françaises et certains, dans la capitale coréenne, évoquaient une possible visite à Bordeaux pour demander des comptes à son maire Alain Juppé. «Le retour de Kim Woo Chung et sa comparution sont pour les employés une question d'honneur», lâche Jo Kon Jun, de la KCTU.