Minuit,15 juillet: l'ultimatum, comme tout le monde l'appelle désormais, a échu. C'est André Dosé, PDG de Swiss, qui l'avait lancé lorsqu'il avait présenté fin juin un plan drastique de restructuration qui prévoit 3000 suppressions d'emplois, l'abandon d'une desserte sur quatre, ou encore une baisse de la masse salariale de 10%. Pour mener à bien son business plan, il doit recevoir l'appui de tous. En particulier des représentants des différents personnels de Swiss, dont les syndicats des pilotes. Il les avait donc enjoints de parvenir à un accord avec la direction d'ici au 15 juillet. Presque toutes les personnes contactées mardi après-midi se trouvaient encore en pleine négociation.

Presque toutes, car le front commun requis par André Dosé a déjà subi une brèche. Le syndicat GATA, qui regroupe le personnel au sol (le plus touché avec 1500 suppressions d'emplois sur 3000), a interrompu les négociations sur plusieurs points. Le syndicat dénonce notamment des transferts «arbitraires» de services de Bâle à Zurich et la volonté de baisser des salaires déjà bas dans la branche. Le syndicat VPOD s'en prend lui aussi au «dumping social et salarial». Surtout, GATA estime que l'information en vue d'une consultation n'a pas été transmise de manière transparente. Dans un courrier électronique diffusé à tous les salariés de Swiss, il annonce qu'il mènera une action en justice pour obtenir la nullité des licenciements prononcés ce mois, et qui devraient débuter dès lundi. Quant à la réduction de 10% de la masse salariale, elle devrait à nouveau faire l'objet de négociations en août.

Mais c'est avant tout le syndicat des pilotes de l'ex-Crossair, Swiss Pilots, qui retient toute l'attention. C'est en effet surtout à eux qu'André Dosé s'est adressé en juin. Au cœur du litige: une décision du Tribunal arbitral de Bâle a récemment stipulé que les réductions d'effectifs devaient toucher de manière égale les deux corps de pilotes. Or, Swiss prévoit de supprimer 430 postes de pilotes Crossair sur 940, contre 220 Swissair sur 830. Pour Swiss, qui veut se séparer de collaborateurs en fonction de critères économiques, cette décision n'est pas tenable, affirme-t-elle. Mais Martin Gutcknecht, porte-parole de Swiss Pilot, ne change pas d'avis sur la question. La menace d'André Dosé de résilier la convention collective? Illégale, juge notre interlocuteur. En fait, il semblerait qu'en cas de risque majeur pour la survie de la compagnie, une telle option soit possible. Mais toutes les parties espèrent ne pas en arriver là. Pour l'heure, confirme Martin Gutcknecht, les négociations se poursuivent.