E n revendiquant une augmentation salariale de 5,5% pour l'an 2000, IG Metall, le puissant syndicat allemand de la métallurgie, a clairement montré que les négociations salariales s'annonceront chaudes cette année. Cette négociation aura valeur de test pour les autres secteurs de l'économie.

Les propositions d'IG Metall ont provoqué un tollé chez le patronat et les partis conservateurs. Pour Dieter Hundt, président des associations patronales, seul un accord au-dessous de l'augmentation de la productivité permettrait de créer des emplois. Hans-Olaf Henkel, président de la fédération de l'industrie allemande, a déclaré que ces prétentions étaient «irresponsables».

IG Metall appuie sa revendication sur le calcul suivant: le syndicat estime à 3,5% l'augmentation de la productivité, alors que le taux d'inflation devrait atteindre 1,5%. Werner Stumpfe, président de l'association patronale de la métallurgie, a critiqué ces chiffres: selon les estimations du comité de sages qui conseille le gouvernement allemand, a-t-il expliqué, l'augmentation de la productivité n'atteindra que 2,6% cette année.

En fait, les syndicats demandent une forte augmentation pour mieux négocier leur revendication d'une retraite à 60 ans. Ils tiennent surtout dans le cadre de ce projet à obliger le patronat à repourvoir les emplois libérés par les employés partant à la retraite. Ce projet est critiqué par de nombreux économistes. Ceux-ci estiment tout d'abord que le nombre d'emplois créés ainsi est faible. D'autre part, ils constatent que la moyenne d'âge à laquelle les Allemands prennent leur retraite est déjà proche de la barre des 60 ans.

La revendication d'une importante adaptation salariale va à l'encontre des recommandations de la Banque centrale européenne (BCE), qui craint que de telles augmentations ne ravivent l'inflation en Allemagne.

Les syndicats argumentent pourtant que les salaires ont été pointés à la baisse au cours de ces dernières années et que cette modération n'a pas permis de réduire le taux de chômage. Depuis 1995, argumente IG Metall, les coûts du travail ont diminué de 8% en Allemagne. Les bénéfices des entreprises ont pourtant de nouveau atteint en 1999 un niveau enviable: ils ont avoisiné les 41,6 milliards de Deutsche Mark. De plus, l'Allemagne devrait connaître une croissance d'environ 2,8% cette année, contre 1,5% en 1999. La banque Paribas va jusqu'à pronostiquer une progression du produit national brut de 3,2%. L'inflation devrait progresser légèrement: en moyenne annuelle au mois de décembre, celle-ci atteignait 1,2%, c'est-à-dire 0,2% de plus qu'au mois de novembre.

La BCE prévoit une poussée de l'inflation dans la première partie de cette année. Son but premier est de maintenir la stabilité des prix, en veillant à ce que l'inflation ne dépasse pas 2%.

Les partenaires sociaux se sont rencontrés pour la cinquième fois dimanche passé avec le chancelier Schröder. Aucune décision importante n'a pu être prise sur la retraite à 60 ans défendue par les syndicats. Les revendications salariales vont plutôt saboter le projet, estiment les responsables du patronat. Reinhard Göhner, de l'association faîtière du patronat, estime qu'avec ces demandes d'augmentation, les syndicats ne s'en tiennent pas aux accords pris dans le cadre du pacte pour l'emploi. Otto Wiesheu, ministre bavarois des Finances, abonde dans ce sens: «La décision d'une politique modérée et à long terme des salaires perd toute signification. IG Metall tend la corde et risque ainsi de détruire des emplois.»