La déception est grande après l'échec du premier round des négociations salariales dans les services publics qui se déroulait à huis clos à Brême. Si aucune solution n'est trouvée pour mettre fin au bras de fer entre le syndicat Ver.di et les employeurs publics fédéraux, régionaux et communaux lors de la reprise des conversations mercredi 8 à Potsdam, le désaccord risque de déboucher à court terme sur une grève générale des services publics allemands.

Après quatre jours de négociation, Hans Koschnick, le médiateur chargé de trouver un compromis entre les pouvoirs publics et le syndicat Ver.di, s'est dit déçu. Lors de sa conférence de presse, il a fait comprendre que les représentants patronaux avaient adopté une stratégie à courte vue en refusant la proposition d'un compromis sur les barèmes salariaux. Au dernier moment, le patronat a proposé une augmentation de 2,2% à partir de janvier 2003 et une autre augmentation de 0,6% à partir du 1er janvier 2004. En raison du dépassement de la limite légale, cela n'a pu être pris en considération.

En rejetant la proposition de 3% faite par le médiateur, les représentants patronaux ont engagé un bras de fer délibéré car ils estiment que cette demande est trop élevée par rapport aux finances publiques jugées catastrophiques. Hans Koschnick a critiqué cette argumentation en regrettant «que l'assainissement des finances publiques commence par un sous-financement du service public». Il a aussi souligné qu'une grève risque de coûter plus cher que la proposition faite par le médiateur.

La recommandation faite par le médiateur prévoyait une augmentation des salaires et des rémunérations en deux étapes. La première, le 1er janvier 2003, date à laquelle les 3 millions de travailleurs et salariés du service public devaient d'abord recevoir 2,4% d'augmentation sur une durée de dix-huit mois. Puis, le 1er janvier 2004, une augmentation de 0,6%. S'ajoutait ensuite une prime de 216 euros à l'ouest et 194,40 à l'est. Sur une proposition du syndicat Ver.di, l'égalisation des barèmes entre l'est et l'ouest était prévue pour le 31 décembre 2007. Le médiateur a proposé qu'un jour de congé devienne un jour de travail, ce que le syndicat a accepté mais pas le patronat.

«Les deux parties doivent désormais bouger. Si les deux parties restent immobiles, la grève est inévitable», a déclaré le second représentant de la commission de médiation, Hinrich Lehmann-Grube. En se référant aux calculs du Ministère fédéral des finances (BMF), il a évalué à 1,4 milliard d'euros la différence entre la proposition du médiateur et l'offre patronale. La proposition de la commission de conciliation coûterait au budget public 5,9 milliards d'euros et la proposition patronale 4,5 milliards d'euros. Cette remarque a immédiatement ouvert une querelle sur les chiffres, car le patronat maintient que la différence entre la recommandation du médiateur et sa proposition était de 2,65 milliards d'euros. Le patronat calcule que son offre coûterait 3,05 milliards d'euros alors que celle du médiateur coûterait 5,7 milliards d'euros.

Otto Schily, ministre fédéral de l'Intérieur et principal représentant des employeurs institutionnels, a critiqué la position de Hans Koschnick en lui reprochant de s'être mis du côté du syndicat et de ne pas avoir tenu compte de l'état des finances publiques. La polémique n'est pas sans saveur dans la mesure où tous les deux sont membres du SPD. Une grève ne serait pas sans conséquences dommageables sur la conjoncture économique, ont d'ores et déjà prévenu certains économistes alors que d'autres calment le jeu. Rainer Schmidt, de l'IfW de Kiel, souligne qu'une grève dans les services publics entraînerait plus d'effets psychologiques qu'une chute de la production. Pour Ralph Solveen, de CommerzBank, une grève affecterait surtout la consommation.

Les observateurs sont dans l'attente de ce que va faire le patronat à la suite de l'ultimatum que lui a lancé Frank Bsirske, le chef du syndicat Ver.di, et où il l'intime de s'engager sur la proposition du médiateur sans quoi il lui faudra faire face aux dures conséquences de sa fuite en avant.