Des appels à l’insurrection, des voix discordantes qui s’élèvent, des visages marqués. Puis le vote, suivi d’une grande clameur: ce sera la grève. Dans les mines du Nord au XIXe siècle ou dans les entrepôts d’Amazon au XXIe siècle, à quel moment décide-t-on de lever le pied?

Dans le conflit qui oppose depuis une semaine 30 à 40 employés des sociétés Smood et Simple Pay à leurs directions, Unia a tranché. Ou plus précisément, relève Aymen Belhadj, coordinateur du mouvement au sein du syndicat, «les travailleurs ont décidé et nous, nous les accompagnons».

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Ces livreurs de repas ont en l’occurrence choisi de ne pas œuvrer pendant leur créneau horaire le plus important, entre 18 et 23 heures. Lancé à Yverdon-les-Bains le 2 novembre, leur mouvement semble faire tache d’huile en Suisse romande pour dénoncer des heures de travail non payées ou des planifications distribuées à la dernière minute. Mercredi, une trentaine de visages, souvent masqués, étaient visibles à Martigny. Jeudi, le mouvement a gagné Lausanne. Terre natale de Smood, Genève n’est pas encore touchée.

La grève pour Unia

A la lecture de la position que la société a transmise par e-mail au Temps, il apparaît toutefois qu’Unia n’est pas le seul à être impliqué dans ce dossier. A en croire Smood, pointée avec son sous-traitant Simple Pay, le syndicat n’a rien à voir dans cette affaire. Son interlocuteur, c’est Syndicom avec qui elle travaille depuis «près d’un an à l’élaboration d’un cadre contractuel général pour l’ensemble du personnel de livraison […] sous la forme d’une convention collective (CCT)».

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Pourquoi Syndicom? «Parce que depuis 130 ans, c’est notre syndicat qui s’occupe du secteur de la logistique», répond David Roth, secrétaire central du syndicat qui est déjà le partenaire social de 18 entreprises réunies dans une CCT dédiée aux coursiers à vélo. Selon son responsable, un salaire horaire minimal de 23,17 francs y est inscrit, au même titre que des tarifs de base pour les frais de travail (les livreurs utilisent souvent leur propre vélo) ou encore la distribution des planifications de travail au moins 14 jours à l’avance. Parmi les signataires, David Roth cite l’entreprise genevoise Chaskis.

La négociation pour Syndicom

C’est donc assez logiquement ce cercle que devrait rejoindre Smood. Mais quid de Simple Pay qui fournit aussi du personnel à la société? «Nous ne sommes pas partenaire social pour Smood, mais nous le sommes pour la partie location de services et les employés de cette entreprise demandent à être payés dès l’instant où ils sont à la disposition de leur employeur», affirme Aymen Belladj d’Unia, s’étonnant au passage du voile de mystère qui nimbe les discussions entre Smood et Syndicom.

David Roth ne peut articuler un délai pour la conclusion de ces négociations. Le syndicaliste ne nie pas que les conditions de travail de ce secteur sont problématiques, mais prône le dialogue plutôt que l’affrontement: «Nous avons été en mesure de résoudre avec succès plusieurs cas individuels chez Smood ces dernières années et espérons qu’il en sera de même pour Unia. Il y a évidemment aussi des questions collectives, mais nous souhaitons y répondre dans une CCT.» Pour qu’un mouvement de grève soit efficace, il est nécessaire d’atteindre une certaine masse critique, prévient-il. Unia qui cherche à étendre le mouvement en est la première consciente. 

Difficile en effet pour l'heure d’estimer le tort porté à Smood par les contestataires. Interpellée, la société estime à une vingtaine le nombre de conducteurs qui font défection. Elle ne livre pas le détails de ses effectifs au niveau local, mais indique employer 1000 livreurs dans toute la Suisse. 

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Modification: Le dernier paragraphe a été complété après que Smood a livré ses estimations chiffrées du nombre d'employés concernés.