L’abandon de la technologie analogique par Swisscom cette année risque de laisser sur le carreau les collaborateurs qui ont travaillé toute leur vie dans ce domaine s’ils n’ont pas la possibilité de réussir le virage de la révolution industrielle 4.0. Syndicom cite cet exemple pour sensibiliser les entreprises de la branche des télécommunications et de l’information (TIC) à la nécessité de reconvertir leur personnel.

Le syndicat a rédigé un «Manifeste pour une Suisse numérique avec responsabilité sociale» qui est une réponse au «Manifeste digital pour la Suisse» élaborée par une cinquantaine d’acteurs de la droite politique et du secteur privé. Membre du comité directeur de Syndicom, Giorgio Pardini voit dans ce dernier document un appel à la déréglementation.

Or, souligne-t-il, le rapport sur la Suisse numérique adopté par le Conseil fédéral début janvier invite les partenaires sociaux à aborder les enjeux de la transformation numérique de l’économie. Le gouvernement intégrera les résultats de leurs réflexions dans le second rapport sur le numérique annoncé pour novembre.

«Si les gens ont peur, l’innovation en pâtira»

Syndicom s’est mis au travail. Il souhaite profiter de la prochaine renégociation de la convention collective de travail (CCT) de Swisscom pour y intégrer un droit au perfectionnement professionnel quasi illimité. Après avoir analysé les secteurs dont il a la charge (télécommunications, médias, logistique postale), le syndicat parvient à la conclusion que «la clé permettant de surmonter les défis posés au marché du travail réside dans la formation». Giorgio Pardini reconnaît qu’elle est bonne chez Swisscom, mais elle peut être améliorée. Le perfectionnement en entreprise doit devenir une «discipline stratégique». De son côté, Swisscom dit qu'«il est trop tôt pour prendre position» mais assure que «le renforcement des compétences professionnelles des collaborateurs dans le cadre de la numérisation» sera un point central des négociations.

La CCT devra aussi tenir compte des nouvelles formes de travail, en leur fixant des garde-fous, reprend Giorgio Pardini. «La numérisation permet de «travailler n’importe quand et pratiquement n’importe où», dit-il. Cela pose la question de la saisie du temps de travail, à laquelle le syndicat reste attaché, et de la délimitation entre le travail et la vie privée, dont la frontière ramollit. Syndicom refusera par exemple que l’on abandonne la distinction entre salarié et indépendant comme l’envisagent des modèles du type Uber.

Pour Syndicom, la révolution numérique ne se résume pas à la technologie et à la libre concurrence. «Il s’agit aussi de garantir la force d’innovation de la Suisse, les emplois, de bonnes conditions de travail et une qualité de vie élevée. Si les gens ont peur, l’innovation en pâtira», fait remarquer Giorgio Pardini.