Le séisme Airbus ébranle la tectonique industrielle européenne. Inquiète des répercussions de la crise au sein de l'avionneur franco-allemand, la Commission européenne pointe du doigt les autres projets secoués par les tensions entre Paris et Berlin. «L'obsession des équilibres nationaux n'est pas compatible avec une bonne gestion», déplore un diplomate impliqué en 2000 dans la naissance d'EADS, la maison mère d'Airbus issue de la fusion des francais Matra-Aérospatiale avec l'allemand Daimler Aerospace et l'espagnol Casa.

Plusieurs projets connaissent des difficultés

Le premier dossier à inquiéter Bruxelles est Galileo, le projet européen de radionavigation par satellites censé démarrer en 2008. Huit entreprises, dont EADS, ont été désignées fin 2005 pour former le consortium chargé d'exploiter les 30 futurs satellites et leurs infrastructures au sol. La Suisse, qui y participe, contribuera pour 10 millions de francs. Seulement voilà: la constitution de l'entreprise commune «Galileo System» est en panne. Elle bute sur la demande de l'Espagne, qui investit 7% des 550 millions d'euros de l'Agence spatiale européenne, qui veut obtenir des compensations industrielles. Au point que la présidence allemande de l'Union s'est résolue à intervenir pour exiger une décision d'ici au sommet européen des 8-9 mars.

Autres dossiers symboliques: celui du consortium Eurocopter, et celui de l'initiative navale européenne LeaderSHIP 2015. Filiale d'EADS pour la construction d'hélicoptères, Eurocopter a décroché plusieurs commandes importantes aux Etats-Unis pour son appareil de transport de troupes NH 90, et enregistré un bond de 15% de son chiffre d'affaires en 2005. Mais en interne, son plan de restructuration «Vital» destiné à accompagner sa croissance bute sur les rivalités franco-allemandes et sur des problèmes avec l'italien Agustawestland. «Il faut passer à une vraie logique d'intégration industrielle, mais personne n'est prêt à lâcher le morceau» a reconnu Günter Verheugen, le commissaire européen à l'Industrie.

Les initiatives communes patinent

L'initiative LeaderSHIP 2015 remonte à 2002. Un groupe de travail de haut niveau avait alors été créé par la Commission européenne pour «préparer les constructeurs de navires et les fournisseurs d'équipements maritimes» du Vieux Continent à affronter la concurrence des chantiers navals chinois ou sud-coréens. L'UE avait décidé dans ce secteur d'autoriser une augmentation des aides d'Etat de 10 à 20%. Depuis, les initiatives communes patinent. Le chantier allemand Rolandwerft a reçu en décembre 2006 une aide de 2 millions d'euros de la région de Basse-Saxe. Sans le moindre début de coopération avec la France, l'Espagne ou les pays scandinaves. Là aussi, les craintes syndicales paralysent le débat.

Dernière victime en date de ces convulsions industrielles: la décision du gouvernement allemand d'abandonner en janvier dernier le projet de moteur de recherche internet «Quaero» lancé par Jacques Chirac et Gerhard Schröder. Le budget envisagé pour ce «tueur de Google» avoisinait les 2 milliards d'euros. Mais l'Allemagne a préféré aller de l'avant seule. Son projet sera dénommé «Thésée», du nom du tueur du Minotaure qui, dans l'antiquité, réussit à s'échapper du labyrinthe...