Syngenta, leader mondial dans les produits de protection des plantes – au côté de l'allemand Bayer et de l'américain Monsanto – a fait souffler le chaud et le froid hier à Londres en publiant ses résultats 2003. Les investisseurs, qui se verront attribuer 800 millions de dollars en trois ans sous forme d'augmentation de dividende et de rachat d'actions, ont le sourire. Par contre, les centaines d'employés touchés par un nouveau programme de restructuration, en Suisse et aux Etats-Unis notamment, font la grimace.

Si Michael Pragnell, directeur général (CEO), parle avec emphase du premier sujet, il est très peu loquace sur le second: «Je préfère ne rien ajouter aujourd'hui. La communication concerne en priorité nos employés et nous ferons, en temps utile, des annonces locales pour la presse locale.» Les syndicats ont d'ores et déjà réagi en Suisse, où 181 emplois sont touchés. L'usine de Schweizerhalle, à Bâle-Campagne, cessera sa production qui occupe aujourd'hui 127 personnes. Cinquante-quatre collaborateurs de l'usine de Monthey, qui emploie 800 personnes, seront affectés à d'autres unités de production du groupe sur place. Syngenta a en effet décidé de cesser, dès 2005, les activités relatives au chlore et aux dérivés chlorés.

Au plan financier, le groupe est en excellente forme. Dans le domaine des fongicides par exemple, les trois premiers trimestres décevants en Europe ont été largement compensés par une nette reprise des activités en Amérique du Sud. «Nous avons été prudents sur ces marchés il y a trois ans, ce qui nous sert aujourd'hui, alors que certains de nos concurrents ont affiché des pertes sèches», explique Heinz Imhof, président de Syngenta.

Le bénéfice bondit

Le chiffre d'affaires du groupe progresse de 6% à 6,58 milliards de dollars, alors que le revenu brut d'exploitation (EBITDA) augmente aussi de 6% à 1,22 milliard. Le bénéfice net fait un bond de 37%, à 363 millions. Un changement de méthode comptable liée aux frais de restructuration rend cependant difficile la comparaison du bénéfice net. L'an dernier, une perte nette de 27 millions était annoncée. Sur une base comparable, le bénéfice net 2003 se monterait à 268 millions. «Nous avons enregistré une forte croissance des produits hors agriculture et nous gagnons des parts de marché dans le domaine des semences de légumes et de fleurs», souligne Heinz Imhof.

Syngenta doit pourtant faire face à un certain nombre de problèmes, relatifs à la pression sur les prix, à l'extinction de certains brevets, et surtout à la forte résistance en Europe aux produits OGM. «Malgré cela, nous estimons que nous pourrons gagner 2% de parts de marché d'ici à 2008 dans le domaine des herbicides et fongicides, grâce à de nouveaux produits, de nouvelles applications et le renforcement de notre présence sur certains marchés», explique Michael Pragnell, qui voit s'ouvrir également de nouveaux domaines d'activité comme les produits frais, l'introduction d'enzymes dans l'alimentation animale, ou la biopharmacie.

Les pays asiatiques joueront manifestement un rôle beaucoup plus important qu'aujourd'hui dans la stratégie de Syngenta, dont la rentabilité est péjorée par des frais de production situés principalement en Suisse et en Grande-Bretagne. Le bénéfice d'exploitation a ainsi été réduit de quelque 140 millions de dollars à cause du niveau du franc suisse et de la livre anglaise.

Les investisseurs ont apprécié les mesures annoncées par Syngenta. Le cours de l'action s'appréciait de près de 2% hier à la mi-journée, ce qui représente une hausse de plus de 14% en un an.