Agrochimie

Syngenta fait deux pas de géant vers la Chine

Avec quelques heures d’intervalle, Washington et Bruxelles ont autorisé le rachat du groupe bâlois par ChemChina, mercredi. L’UE se montre la plus exigeante. Mais le futur géant a promis de vendre ce qu’on lui demande de vendre

La voie est libre. Plus rien ne semble pouvoir entraver le rachat du bâlois Syngenta par le chinois ChemChina. A quelques heures d’intervalles, mardi soir et mercredi à midi, les autorités américaines et européennes de la concurrence ont donné leur aval à cette opération à 43 milliards de dollars. Celle-ci devrait être finalisée au plus tard le 30 juin prochain.

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Sur chacun des deux marchés analysés, certains produits vont devoir être abandonnés. Aux Etats-Unis, le groupe agrochimique bâlois renoncera à trois de ses pesticides. Car en parallèle, ChemChina en possède les versions génériques, via sa filiale israélienne Adama. Cette dernière est, selon le communiqué publié par le pendant américain de la ComCo, la FTC, le premier ou le deuxième fournisseur de produits génériques aux Etats-Unis pour chacun de ces trois pesticides.

Une importance mineure

Ce sont des produits d’une importance mineure pour Syngenta, croit savoir l’analyste de la Banque Cantonale de Zurich (ZKB), Philipp Gamper. «Si les autorités américaines demandaient au groupe d’abandonner une activité stratégique, Syngenta serait dans l’obligation de le faire savoir publiquement», précise-t-il. Le chiffre d’affaires retiré des ventes des trois pesticides «n’est pas significatif», a confirmé son porte-parole, à l’agence Bloomberg.

En Europe, c’est Adama qui va devoir faire le plus de concessions dans le domaine des pesticides – des herbicides, des fongicides, des insecticides et des produits de traitements des semences. La Commission européenne (CE) invite également l’entreprise israélienne à abandonner ses recherches en cours pour 29 pesticides génériques. «L’acquéreur des actifs sera en mesure de concurrencer durablement les parties, au bénéfice des agriculteurs et des consommateurs européens», considère-t-elle. La banque Bernstein estime que les désinvestissements demandés à Adama représentent un chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars par an. Les revenus totaux de son propriétaire, ChemChina, dépasse 45 milliards.

Premier arrivé, premier servi

Ce mariage intervient alors que le secteur de l’agrochimie traverse l’une des concentrations les plus spectaculaires de son histoire. Avant Syngenta et ChemChina, Dow Chemical et Dupont avaient annoncé leur regroupement, qui a obtenu le vert des autorités européennes fin mars. Ces deux opérations précèdent de quelques mois la procédure de rachat de Monsanto par Bayer.

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Dans son communiqué, la CE affirme qu’elle «examine chaque cas sur la base de ses propres caractéristiques». Mais elle précise qu’elle se base sur le principe du «premier arrivé, premier servi». Autrement dit, l’analyse de l’opération entre ChemChina et Syngenta a été effectuée en tenant compte de la concentration entre Dow et Dupont.

Il y a toutefois une différence majeure entre les deux. En tant qu’acteur du secteur des génériques, Adama ne travaille pas à découvrir de nouveaux principes actifs, mais seulement à développer des génériques, soit des pesticides qui ne sont plus couverts par des brevets. Une particularité qui a facilité l’aval de Bruxelles.

Le dollar comme dernière inconnue

Mercredi, l’action de Syngenta a terminé en hausse de 0,96%, à 451,80 francs. Même si les autorités chinoises et brésiliennes doivent encore donner leur aval, plus personne n’imagine que cette opération puisse échouer. Il y a toutefois une limite à la hausse du titre de Syngenta. Celui qui en possède ou en achète est assuré de recevoir 465 dollars par action, ainsi qu’un dividende extraordinaire de 5 francs. Soit, au cours du jour, environ 470 francs suisses, lorsque Syngenta sera retiré du SMI.

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La seule inconnue résiduelle, c’est donc l’évolution du rapport entre le dollar et le franc d’ici à la fin de juin, lorsque les deux géants ne feront plus qu’un.

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