«Nous avons un portefeuille de six molécules, dont deux déjà bien connues que nous développons dans de nouvelles indications thérapeutiques. Nous sommes spécialisés en neurologie, et notre premier médicament, contre l'anxiété, devrait être lancé dans les cinq ans.»

Ian Massey, patron de la société pharmaceutique Synosia, fondée en 2005, est satisfait du développement de la jeune entreprise composée d'une vingtaine de personnes basées à Bâle et à San Francisco. Il a travaillé durant de nombreuses années pour Roche aux Etats-Unis. C'est là qu'il a compris, dépité, que des molécules prometteuses étaient négligées par le géant pharmaceutique parce qu'elles n'entraient pas dans les cibles thérapeutiques (oncologie, maladies auto-immunes, virologie) prédéfinies par Roche.

Or le dérèglement du système nerveux central (CNS), notamment la maladie de Parkinson, les troubles de l'humeur (anxiété) ou la dépendance aux drogues, est un domaine largement méconnu. «Aujourd'hui, grâce aux nouvelles techniques d'imagerie (tomographie, résonance magnétique), nous pouvons faire des progrès impensables il y a dix ans», s'enthousiasme Ian Massey. Synosia travaille avec plusieurs centres de recherche universitaires, notamment en Suède et à Saint Louis (USA), qui simulent l'effet sur le cerveau des molécules testées. Cela permet notamment de déterminer avec précision la dose adéquate.

«Fonds de tiroir»

Synosia exploite en fait les «fonds de tiroir» en neurologie de Roche. Un accord sur la cession de cinq molécules a été conclu en janvier 2007. Ian Massey reste discret sur les conditions financières mais laisse entendre que l'affaire s'est conclue sans versement d'une grosse somme. Roche et Synosia verront leur retour sur investissement, notamment sous forme de royalties, au moment de la mise sur le marché des médicaments. Financée par plusieurs sociétés de capital-risque, la petite entreprise dispose d'un capital de départ de 32,5 millions de dollars qui lui permet d'envisager quatre études de phase II cette année. Le médicament le plus avancé a été découvert par Novartis. Il s'agit de la rufinamide, déjà utilisée contre l'épilepsie. Synosia a obtenu, en avril 2007, les droits de le développer pour agir contre les troubles dus à l'anxiété. «Nous avons commencé, aux Etats-Unis, le recrutement de quelque 150 patients pour les essais cliniques», explique Ian Massey.

Synosia devra chercher, dans quelques années, des partenaires de commercialisation pour les grandes indications, mais envisage aussi, notamment pour un produit contre la dépendance à la cocaïne, de rester seul maître à bord. «Nous aurons alors besoin de fonds, mais il est trop tôt pour dire si nous choisirons la voie de l'entrée en bourse ou une autre forme de financement», souligne le patron.