Le système bancaire européen se trouve à l’abri des turbulences grecques

Zone euro Le défaut de la Grèce pourrait se traduire par une volatilité accrue sur les marchés

La crise grecque pourrait-elle entraîner un choc bancaire européen? De quelle nature? De quelle ampleur?

Au lendemain du premier défaut de paiement du pays auprès du Fonds monétaire international (FMI), mercredi 1er juillet, cette question agite les marchés financiers, traumatisés par les crises successives de 2007 et 2010, qui ont secoué les grandes banques européennes.

Que le drame qui se joue à Athènes aboutisse ou non à une sortie du pays de l’euro – une hypothèse désormais envisagée –, des effets directs et indirects sont redoutés dans le sillage du naufrage de l’économie grecque et de ses institutions financières.

Une faible expositionà la Grèce

Sur le papier toutefois, la situation est assez rassurante. La crise, cette fois, porte sur les dettes publiques émises par la Grèce et sur le risque de défaut de paiement du pays sur ces créances. Or, l’exposition des banques étrangères à la Grèce est faible. Depuis 2012, l’effacement d’une partie de l’endettement grec détenu par des créanciers privés et le recentrage des banques sur leur dette nationale, la dette publique grecque est essentiellement détenue par les pays européens… et pour le reste, donc, par les établissements de crédit grecs eux-mêmes.

D’un point de vue strictement comptable, un défaut global de la Grèce est donc, en substance, au-delà d’un problème pour la Grèce et les Grecs, un problème de finances publiques européennes.

Selon le dernier pointage réalisé, effectué lors des tests de résistance bancaire pilotés par la Banque centrale européenne (BCE) et publiés en octobre 2014, à partir de données de décembre 2013, les banques françaises ne possèdent plus que 60 millions d’euros (62,7 millions de francs) de dettes publiques grecques, un montant insignifiant à leur échelle; les établissements bancaires allemands en détiennent 120 millions… contre 21 milliards d’euros pour les banques grecques, un montant qui a grossi depuis, à 30 milliards d’euros.

Les spéculateurs vonty laisser quelques plumes

De surcroît, les banques de la zone euro ne sont plus engagées financièrement auprès de leurs homologues grecques, depuis que celles-ci ne se financent plus auprès du système interbancaire, mais auprès du FMI et de la BCE.

Quant au secteur privé grec, si celui-ci devait être affecté par les événements en cours, notamment dans le cas d’un abandon de l’euro, il est aujourd’hui majoritairement financé par les banques grecques – exception faite, évidemment, des activités internationales (tel le transport maritime), pour leur part dépendantes de la conjoncture internationale et totalement à l’écart des problèmes économiques grecs.

Là encore donc, les problèmes grecs devraient rester circonscrits au pays. Les banques étrangères ne devraient pas être concernées par l’éventuelle montée des défaillances et des défauts de paiement des sociétés. Peut-être certains fonds d’investissements internationaux, venus en Grèce de façon opportuniste pour spéculer sur ses dettes, y laisseront-ils quelques plumes, mais pour un coût limité, estiment les experts.

Selon les données de la Banque des règlements internationaux, datées de fin 2014, et pointées par la Fédération bancaire française, lundi 29 juin, la Grèce est l’un des pays dans lequel les banques françaises sont le moins engagées, avec une exposition totale, tous crédits confondus (dettes publiques, banques grecques et secteur privé) de 1,647 milliard de dollars (1,55 milliard de francs)… Très loin donc des sommes (93,5 milliards de francs) engagées dans les «grandes» économies (Allemagne, Espagne, Japon, Etats-Unis, etc.).

Outils anti-contagionde la BCE

Cette analyse explique la mesure dont font preuve la plupart des économistes interrogés sur le risque de contagion. «Nous ne sommes pas dans la situation de 2010-2012, déclare Olivier Garnier, le chef économiste de la Société générale. Il n’existe pas de canaux de transmission directs de la crise grecque aux pays étrangers. Les liens financiers de la Grèce avec l’extérieur passent essentiellement par l’eurosystème.»

«Il n’y a pas de positions dérivées sur la dette grecque. En cas de défaut grec, il n’existe pas de mécanismes de transmission objective de la crise au système bancaire de la zone euro», confirme Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de la banque Natixis. «Ce n’est pas pour autant qu’il n’y aurait pas de contagion.»

Effets indirects

Car, dans les faits, la crise grecque pourrait produire des effets indirects, qu’il est compliqué de prévoir, y compris pour les banques. Comme les effets sur les marchés financiers et l’accroissement attendu de la volatilité. Comme des tensions sur les taux d’intérêt des pays dits «périphériques à la zone euro» – tel le Portugal, qui serait alors confronté à des difficultés de refinancement. De quoi accentuer les remous sur les marchés dans la zone euro et, in fine, affecter les banques. Mais, sur ce terrain aussi, la BCE dispose d’outils nouveaux pour empêcher la contagion et stabiliser les marchés (comme l’achat de dettes publiques, hors Grèce, dont la BCE est, en regard des ratios fixés, saturée).

Il reste enfin l’effet sur l’euro d’une telle crise et sa perception comme monnaie irrévocable. En cas de «Grexit», en effet, une question lourde d’implications se posera: un euro déposé au Portugal vaudra-t-il autant qu’un euro en Allemagne?