«J'adore acheter des entreprises», s'est exclamé Warren Buffett mardi à Lausanne. L'occasion pour le multimilliardaire américain de rappeler quelques-uns de ses principes d'investissement qui lui ont permis de bâtir l'empire Berkshire Hathaway, fort d'une capitalisation boursière de 190 milliards de dollars. Plus qu'une stratégie, c'est une philosophie d'investissement que le financier âgé de 77 ans détaille dans chacun de ses rapports de gestion. «La stratégie d'acquisition à long terme de Berkshire consiste à acheter des entreprises ayant des bénéfices réguliers, de bons rendements sur les fonds propres, un management compétent et honnête, le tout à des prix raisonnables», écrit Warren Buffett dans son dernier rapport trimestriel.

Saisir les opportunités

Les entreprises qui satisfont à ces critères sont issues de secteurs très divers. Parmi les sociétés cotées en bourse, Berkshire Hathaway a mis à profit le recul de l'action Swiss Re pour acquérir 3% du réassureur fin janvier. Au premier trimestre, le groupe a aussi renforcé ses participations dans la banque américaine Wells Fargo, dont il détient 8,8% du capital, ainsi que dans US Bancorp, qu'il contrôle à hauteur de 4%. Berkshire Hathaway a également porté à 9,1% (8,1% fin décembre) sa participation dans Kraft, le numéro deux mondial de l'alimentation. Enfin, ses parts dans le groupe ferroviaire américain Burlington Northern Santa Fe ont été augmentées à 18,5% à fin mars (17,5% à fin décembre).

Du côté des sociétés non cotées, Berkshire Hathaway a finalisé en mars le rachat de 60% du capital du conglomérat industriel Marmon Holdings pour 4,5 milliards de dollars. En 2007, le fabriquant de composants électroniques texan TTI est tombé dans son escarcelle au prix de 1,6 milliard de dollars. Un an auparavant, Warren Buffett s'était fait remarquer en reprenant le groupe métallurgique israélien Iscar Metalworking, sa première grande acquisition réalisée hors sol américain.

Depuis, le multimilliardaire semble avoir pris goût aux voyages, jetant son dévolu sur l'Europe. Que ce soit en Allemagne ou en Suisse, ce sont surtout les sociétés familiales qui intéressent désormais Warren Buffett. Ses conditions: un bénéfice avant impôts d'au moins 75 millions de dollars, peu ou pas de dettes et un modèle d'affaires qu'il comprend.

Le bénéfice en net recul

Reste que Berkshire Hathaway n'est pas immunisé contre le ralentissement économique. Au premier trimestre, les revenus du groupe ont ralenti à 25,2 milliards de dollars, contre 32,9 milliards un an plus tôt. Le bénéfice net a, lui, plongé à 940 millions de dollars, contre 2,59 milliards un an auparavant. Depuis le début de l'année, l'action de la société a baissé de 13,1%, contre un recul limité à 3,6% pour l'indice S & P 500 aux Etats-Unis.

Enfin, la question de la succession de Warren Buffett n'est pas vraiment clarifiée. Sans dévoiler ses cartes, le multimilliardaire a tenu à rassurer les investisseurs mardi à Lausanne: «Nous avons des personnes formidables pour me succéder, mais j'espère que cela arrivera le plus tard possible.»