L’invité

Le système de santé est une usine à gaz

L’assurance maladie n’est plus une assurance, mais un passeport donnant droit à des prestations médicales à consommer. La classe politique ne s’oppose guère à cette dérive

Le travail effectué sur le plan politique n’a ni amélioré la qualité de la médecine ni freiné la progression des coûts. En revanche, il a «offert» à tous une charge administrative plus lourde et plus coûteuse

En 1994, trois grands objectifs étaient au cœur de la campagne de votation sur la LAMal: Premièrement, freiner la progression des coûts grâce à la nouvelle mouture législative. Deuxièmement, renforcer la solidarité entre assurés, au-delà des disparités de revenu et de risque de maladie. Enfin, donner à tous un accès aux prestations médicales grâce à la LAMal.

Le premier objectif a été clairement manqué: les coûts ne cessent de croître, progressant de 4% d’une année à l’autre. Les coûts et primes ont plus que doublé depuis l’introduction de la LAMal il y a 20 ans. Aujourd’hui, cela représente en tout plus de 70 milliards de francs par an, soit plus de 11% du produit intérieur brut (PIB). La part obligatoire croît plus fortement que les autres, s’élevant chaque année à plus de 30 milliards de francs.

Un système pénalisé par 4 fausses incitations

Aujourd’hui, quatre incitations erronées marquent le système de santé suisse et doivent être supprimées:

- 1. Tous les citoyens doivent payer les primes croissantes, ils veulent donc consommer. Afin d’empêcher ce comportement irresponsable, il faudrait abolir l’obligation de s’affilier. D’ailleurs, avant même la LAMal, 97% des Suisses s’étaient volontairement affiliées à l’assurance maladie. Mais mettre finalement fin à l’obligation de s’affilier serait utopique.

Une mesure judicieuse consisterait à élever la franchise la plus basse, 300 francs aujourd’hui, à 3000 francs. De cette manière, les patients devraient assumer eux-mêmes les frais générés par les cas anodins (qui représentent 20% des cas) et les assureurs pourraient baisser les primes de 20%.

- 2. Le tarif Tarmed appliqué par les médecins dans le secteur ambulatoire empêche une réelle concurrence en vue d’une meilleure efficacité et qualité. Les prix approuvés par l’État n’incitent que peu les médecins à travailler en veillant aux coûts.

Seuls les médecins sous contrat Managed Care avec des assureurs (avec un plafond de coûts et une assurance qualité) sont récompensés s’ils maintiennent des coûts bas et une qualité élevée. Une réelle incitation à travailler de manière économique fait défaut chez les autres médecins. Sans oublier l’obligation de contrat qui oblige tous les assureurs et médecins à travailler ensemble. Ils sont mieux lotis que les agriculteurs, qui ont certes obtenu une garantie de prix, mais tout en étant limités dans la production. Chez les médecins, l’écoulement du produit est assuré, le prix fixé et il n’y a aucune restriction quantitative.

- 3. Divers systèmes de financement font grimper les coûts dans les hôpitaux. Aujourd’hui, beaucoup de soins coûteraient moins cher s’ils étaient effectués en ambulatoire plutôt qu’en stationnaire.

Pour une opération coûtant 10 000 francs en stationnaire, le canton paie 5500 francs et la caisse maladie 4500 francs. Toutefois, si l’opération est effectuée en ambulatoire et coûte 6000 francs, la caisse prend en charge la totalité. Résultat: rien n’incite les hôpitaux ou les assureurs à rechercher la solution la plus économique.

Les caisses maladie devraient financer indifféremment toutes les prestations

Il y aurait pourtant un moyen simple de remédier à ce levier malsain: que les caisses maladie financent indifféremment toutes les prestations LAMal.

- 4. Les assurés en bonne santé étant économiquement plus intéressants pour les assurances que les malades bénéficiant d’une bonne prise en charge, il est nécessaire que l’affinement de la compensation des risques décidée par le Parlement soit enfin mis en œuvre. Ce n’est qu’ainsi que la course aux «bons risques» entre caisses maladie deviendra une course à la meilleure prise en charge médicale. Rien n’est plus cher qu’une médecine de mauvaise qualité et inutile: elle n’a donc pas sa place sur le marché.

La qualité est ancrée dans la LAMal depuis 20 ans, mais elle n’est pas vérifiable pour autant: plutôt que de la retracer, les médecins préfèrent faire valoir l’allongement de l’espérance de vie et une qualité de vie satisfaisante. La qualité est là – puisque nous vivons plus longtemps. Toutefois, la prise en charge médicale n’explique que pour une petite partie ce gain d’espérance de vie.

Mesurer l’évolution de la qualité

Comment les assurés peuvent-ils choisir leurs médecins sans indicateurs de qualité? Il faut des unités de mesure pour évaluer la qualité des prestations médicales. Jusqu’à présent, l’Office fédéral de la santé publique a omis d’imposer des indicateurs de qualité à tous les médecins et de les publier. Aujourd’hui de tels marqueurs de qualité n’existent que dans les hôpitaux. Mais pour le commun des mortels, ces informations ne sont pas compréhensibles.

Les cantons également ne prennent que moyennement leurs responsabilités: ils contrôlent davantage les cuisines de restaurant que les cabinets médicaux et salles d’opération.

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