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De la table solaire au système de parking intelligent, les projets cleantech fleurissent

Cinq projets ont été sélectionnés pour le concours Cleantech Genève. Tour d’horizon des finalistes

De la table solaire au système de parking intelligent, les projets cleantech fleurissent

Energie Cinq concepts ont été sélectionnés pour le concours Cleantech Genève

Tour d’horizon des finalistes

A Grandson (NE), sur la terrasse de leur appartement familial, Isabelle et Jean-Marc Aeschlimann ont installé une table solaire. Sur le plateau de verre, constitué de 72 cellules photovoltaïques, sont déposés des verres et des jus de fruits. «Nous sommes propriétaires de notre appartement mais nous ne pouvons pas installer de panneaux solaires sur le toit car nous n’y avons pas accès», explique Isabelle Aeschlimann, cofondatrice du projet WaTTable.

L’équipe d’ingénieurs, issus du bureau Planair, a ainsi conçu cette table afin de démocratiser la production et la consommation d’énergie solaire.

A la différence d’un meuble de jardin traditionnel, la table est équipée d’un micro-onduleur qui convertit l’énergie du panneau en courant électrique. Celui-ci est injecté, via un simple câble électrique, directement dans une prise 230V standard. «Elle permet de couvrir entre 5 et 20% des besoins électriques d’un ménage. Si elle est branchée toute l’année, elle alimente en électricité grosso modo tous les appareils électroniques en veille, à l’exemple des ordinateurs, de la machine à café ou du réfrigérateur», explique Isabelle Aeschlimann.

Depuis le début de l’année, il est autorisé d’auto-consommer l’énergie produite. Elle ne doit plus être réinjectée obligatoirement dans le réseau. «En outre, il n’est pas nécessaire d’obtenir une autorisation du distributeur électrique pour acquérir une table solaire car elle produit 200 kWh par année», précise Isabelle Aeschlimann.

L’équipe de WaTTable souhaite démarrer la commercialisation dès cet automne, via des sites internet et des salons. Avec comme objectif la vente de 1000 tables en une année. Quant au prix du meuble, il devrait être inférieur à 1000 francs.

Plusieurs dimensions seront également proposées ainsi qu’un modèle inclinable avec deux pieds centraux. «Celui-ci permettra de gagner en rendement en étant en position verticale l’hiver et en position horizontale l’été», note Isabelle Aeschlimann. Le projet, qui a été sélectionné pour participer à la finale du Cleantech Genève Win & Boost, pourrait déboucher sur la création d’une start-up à Genève.

Autre projet en lice pour le concours: Treenetic, issu de la société genevoise de design DCube. Davide Oppizzi, son fondateur, a conçu de longues tiges, en forme de palme à leur extrémité, capables de produire de l’énergie par le mouvement provoqué par le vent ou le déplacement d’air. «Avec la polémique des éoliennes qui défigurent le paysage, j’ai décidé de me pencher sur un nouveau système apportant de l’énergie tout en se fondant dans la nature», explique Davide Oppizzi.

Il espère pouvoir un jour placer ces longues tiges le long des voies ferrées ou dans les séparations des autoroutes afin d’exploiter le vent artificiel créé par les déplacements des trains ou des voitures. «Le mouvement provoqué par le déplacement d’air transmet dans les racines de la tige des balancements qui activent un système de type dynamo, créant de l’électricité grâce à la force cinétique», précise son créateur.

Des mesures de la rentabilité énergétique doivent encore être effectuées. «Il va falloir définir la bonne formule entre la rigidité de la canne, sa hauteur et la résistance du ressort qui provoque le pivotement des roues dynamiques», précise le directeur de DCube, qui prévoit de finaliser un premier prototype d’ici à octobre à l’occasion de la finale du concours. «Nous ne parviendrons jamais à concurrencer d’immenses éoliennes mais notre système pourrait par exemple alimenter toute la signalétique autoroutière et son rendement sera peut-être très surprenant», prévoit son concepteur, qui espère rencontrer le même succès que celui de ses lampes «Eclipse», adoptées par de nombreux fabricants horlogers et des marques de luxe, type Chanel ou Louis Vuitton, pour illuminer leurs vitrines. Créée en 2001, la société genevoise, spécialisée dans les concepts d’éclairage et le design industriel, réalise un chiffre d’affaires annuel moyen de 1,5 million de francs et compte trois collaborateurs.

L’ingénieur Edouard Menoud a fondé l’entreprise genevoise IEM, connue pour ses automates en tout genre: caissettes à journaux, distributeurs de tickets de transports publics ainsi que parcmètres et horodateurs. Le projet Smart Parking qu’il présente au concours Cleantech Genève aide l’automobiliste à trouver la place de parc libre la plus proche de son véhicule. Pour y parvenir, il a développé des capteurs à coller ou encastrer au sol à chaque lieu de stationnement. «Ces capteurs font appel à une technologie ultrasonique, à l’exemple des radars de recul que l’on retrouve dans les pare-chocs des voitures», explique Edouard Menoud. Ils sont reliés sans fil à des bornes solaires énergétiquement autonomes. Celles-ci pourraient être intégrées aux horodateurs que la société de 25 personnes commercialise déjà dans toute l’Europe. «L’installation des capteurs sans câblage est aisée. En outre, ceux-ci possèdent un double système de vérification qui leur permet d’éviter les fortes perturbations électromagnétiques des trams électriques ou des métros», précise l’ingénieur.

A terme, les informations seront transmises par signal radio à un serveur GPS et mises à la disposition des automobilistes en temps réel. «Ceux-ci devront uniquement télécharger une application sur leur téléphone portable, prévoit Edouard Menoud. Un tel système diminuerait la circulation, donc la pollution, et faciliterait la vie des automobilistes.»

Reste à vérifier le concept. Trois sites pilotes seront mis en place à Genève dès le mois de septembre. IEM espère commercialiser près de 100 000 capteurs d’ici à cinq ans.

Fondée en 2009, la société InnovaRadio , basée dans l’incubateur de la Fongit à Plan-les-Ouates (GE), souhaite, via son projet Clean Transmit, s’attaquer à la consommation électrique des émetteurs TV et de téléphonie. On en compte plus de 10 000 en Suisse.

«Les opérateurs de téléphonie mobile dépensent 70 millions de francs par année en électricité pour leurs émetteurs car les appareils qu’ils utilisent ont des rendements très bas, constate Mahmud Samandari, directeur d’InnovaRadio. Ces émetteurs utilisent toujours la même quantité d’énergie qu’il y ait ou non un signal à transmettre.»

La start-up souhaite augmenter le rendement de ces émetteurs grâce à un logiciel et à une carte électronique capables de réguler la quantité d’électricité utilisée en fonction du signal. «C’est comme si l’on n’éclairait que les pièces occupées dans un bâtiment à la place de l’illuminer complètement», compare le directeur d’InnovaRadio, une start-up qui compte actuellement trois ingénieurs et qui espère signer ses premiers contrats d’ici à la fin de l’année avec un fabricant. «La consommation d’énergie des émetteurs TV et de téléphonie de haute puissance pourrait ainsi être diminuée de 40% tout en gardant la même puissance et qualité d’émission. Au niveau mondial, on pourrait économiser jusqu’à 12 milliards de dollars», imagine déjà Mahmud Samandari, qui, de son côté, espère réaliser un chiffre d’affaires de 5 millions de francs en 2015 et 11 millions l’année suivante.

Le projet Ecollect’ développé par la start-up OrbiWise à Genève participe également au concours. «Afin d’éviter qu’une poubelle ne déborde ou qu’elle ne soit vidée sans nécessité, un capteur miniature informe la voirie de son niveau de remplissage en temps réel. Ce capteur miniature, consommant très peu d’énergie, ne fait que quelques grammes et sa consommation électrique est minimale, explique Didier Helal, cofondateur de la société. Quant à la batterie, elle a une durée de vie de plus de dix ans. L’intégration de ces capteurs pourrait réduire de 25% les trajets des employés de la voirie.»

Fondée par des anciens de ST-Ericsson, OrbiWise développe différentes applications liées à l’Internet des objets. Elle a d’autres projets en cours, notamment un avec les Services industriels de Genève pour contrôler le réseau de distribution d’eau potable. Actuellement, des prélèvements manuels sont régulièrement réalisés. Près de 6000 par année. «Nous souhaitons automatiser ce travail grâce à une série de capteurs autonomes, capables de mesurer le chlore résiduel, le PH ou la turbidité de l’eau», prévoit Didier Helal, qui envisage également des applications dans l’agriculture.

«La table solaire permet de couvrir entre 5 et 20% des besoins électriques d’un ménage»

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