Horlogerie

Tag Heuer lance sa montre connectée à 1500 dollars

Après des mois d’un suspense savamment entretenu, la marque du groupe LVMH a présenté lundi sa smartwatch devant des centaines de journalistes à New York. L’écran de la Carrera Connected est digital et tactile, mais «il faut pouvoir la confondre avec une montre de luxe», assène Jean-Claude Biver

C’est la fin d’un marathon couru à la vitesse d’un sprint entre La Chaux-de-Fonds et la Californie. Après dix-huit mois d’un suspense savamment entretenu, et douze mois après les débuts de sa collaboration avec Intel et Google, Tag Heuer a présenté lundi sa montre connectée.

A New York, au 24e étage de la tour LVMH, près de Madison Avenue, au siège américain du groupe de luxe français, des centaines de journalistes du monde entier ont été invités à découvrir la “Carrera Connected”. “Nous célébrons le mariage industriel entre la vallée horlogère et la Sillicon Valley, s’est enthousiasmé Jean-Claude Biver. C’est une étape importante pour Tag Heuer, mais aussi pour tout l’horlogerie suisse”.

Chose rare, le patron d’Intel, Brian Krzanich, et celui de LVMH, Bernard Arnault étaient eux aussi présents pour ce lancement: “Cette montre est une très bonne illustration de ce que sait faire le groupe en termes de créativité et de qualité, a expliqué le milliardaire français, saluant au passage la “persévérance, l’obstination même”, de Tag Heuer dans un projet auquel la concurrence ne semblait pas croire.

Après LG, Motorola ou l’horloger Fossil, la marque de La Chaux-de-Fonds est la septième entreprise à lancer une montre basée sur l’univers Android Wear, le système d’exploitation de Google pour les objets connectés (lire ci-contre). Est-ce-elle, la vraie concurrente de l’Apple Watch? En termes de fonctionnalités, Jean-Claude Biver n'hésite pas à la comparer à la montre du géant californien. Sur la question des ventes, le patron du pôle horloger du groupe LVMH ne donne pas d’objectifs chiffrés, mais ne s’attend pas à en vendre des millions. “Plus Apple en vendra, plus nous en vendrons, lance-t-il néanmoins. Ils nous ont ouvert la voie”.

Lire aussi: «Android Wear, le futur standard de la montre connectée?»

Des milliers d'applications, une journée d'autonomie

Cette smartwatch de 46 mm de diamètre a un boîtier en titane et un bracelet en caoutchouc. Elle est largement inspirée du modèle à succès Carrera - une version féminine est prévue “rapidement”. A la grande différence près que son écran est digital et tactile. «Dès le départ, s'explique Jean-Claude Biver, nous savions que nous étions condamnés à opter pour un écran digital. C’est une question de conception et de lisibilité. Si vous voulez consulter la bourse, les nouvelles, la météo, un petit trou dans le cadran n’est pas suffisant.»

La montre, vendue 1500 dollars, comprend un grand cadran (modifiable, tel le fonds d'écran d'un smartphone), ainsi que trois petits compteurs, placés à 6, 9 et 12 heures. Chacun d'entre eux affichent, à choix, la distance parcourue par l’utilisateur, le rythme de son pouls, un chronomètre traditionnel, des messages, un itinéraire (Google Maps) ou encore des résultats sportifs. Une pression sur l’un deux permet de l’agrandir de l'afficher en plein écran sur le cadran.

Une poignée d'applications estampillées Tag Heuer est livrée avec la montre. Mais il y en a des milliers d'autres téléchargeables sur Android Wear, assure Google. Equipée d'un micro permettant de communiquer avec elle (via Google Voice Control), cette smartwatch dispose de 4Go de mémoire et peut se connecter par les flux audio, le Bluetooth ou le Wifi. Autre caractéristique qui devrait alimenter le débat parmi les spécialistes: la montre a une autonomie d'une journée.

Un téléphone au poignet? En aucun cas, répond Jean-Claude Biver. “Elle ressemble à une Carrera. A un mètre, personne ne voit la différence». Et c'est là l'essentiel. “Il faut pouvoir la confondre avec une vraie montre de luxe suisse. Ce serait terrible si ce n’était pas le cas».

Une chaîne de montage d’Intel en Suisse?

Cette montre est bien suisse. Mais elle n'est pas «swiss made». Sur la lunette de la Connected Watch, on peut y lire “swiss engineered”. Soit “conçue en Suisse”, et non pas “faite en Suisse”. Car le mouvement, en l’occurence le microprocesseur, n’est pas fabriqué en Suisse, puisque développé par Intel. Une distinction légale qui ne chagrine pas Jean-Claude Biver. «C’est un autre métier, personne ne s’attend à ce qu’un microprocesseur soit “swiss made”».

L'an dernier, lorsque Tag Heuer annonçait son partenariat avec Google et Intel, certains professionnels de la branche s’étaient immédiatement inquiétés: Jean-Claude Biver était-il entrain de faire entrer le loup dans la bergerie? Ces géants américains à la puissance commerciale inégalée n’allaient-ils pas en profiter pour s'accaparer le savoir-faire suisse en matière de mécanique et/ou de design horloger?

De réponse définitive, il n’y en a pas (encore) eue. Mais Peter Stas, le patron de la marque genevoise Frédérique Constant, lui aussi allié à une entreprise américaine pour sa smartwatch, se veut rassurant. Les enjeux du luxe sont trop étrangers à ces multinationales du web , disait-il dans nos colonnes en juin dernier. Ce sont plutôt elles qui devraient se méfier de la capacité des Suisses à devenir des spécialistes de l'informatique. D’ailleurs, Jean-Claude Biver a laissé entendre qu’au printemps 2016, Intel pourrait installer une antenne à La Chaux-de-fonds, afin d’y assembler les microprocesseurs destinés à la montre de Tag Heuer.

Obsolesence assumée

A défaut un géant des logiciels ou un fabricant de produits multimédia, la marque chaux-de-fonnière a tout cas déjà saisi de l'un des enjeux majeurs de ce secteur: l'obsolescence. A l'échéance des deux ans de garantie, il est possible, moyennant 1500 dollars supplémentaires, d'échanger la montre connectée contre une Carrera mécanique. «On assume la courte durée de vie de ce genre de produits. On ne peut pas cacher cette réalité, tout le monde en est conscient, justifie Jean-Claude Biver. Des mises à jour de logiciels sont certes réalisables, mais certaines améliorations, une caméra par exemple, nécessiterait une nouvelle montre. Dans ce domaine, tout va trop vite, trop loin».

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