Presse

Tamedia confirme la fin du «Matin» dans sa version imprimée

Dans un communiqué, le groupe précise que le titre continuera d’exister sur le web durant la semaine. «Au maximum 41 personnes» devraient être concernées par un plan social. Les syndicats accusent Tamedia de se comporter en «croque-mort» de la diversité de la presse

L’information avait fuité mercredi. Elle est désormais officielle: par voie de communiqué, Tamedia vient de confirmer la disparition de la version papier du quotidien Le Matin, dont le dernier numéro paraîtra le samedi 21 juillet prochain, le 22 juillet étant un dimanche.

Lire aussi: Le quotidien «Le Matin» disparaîtra le 21 juillet

15 personnes pour le web

Le titre continuera en revanche d’exister sur internet «avec sa propre rédaction d’environ 15 personnes». Il sera aussi alimenté par des collaborateurs du Sport-Center et de la rédaction d’actualité de Tamedia, ainsi que par le réseau de 20 minutes. Le site lematin.ch recense actuellement 581 000 utilisateurs par mois, selon l’éditeur zurichois.

Laurent Siebenmann sera le nouveau rédacteur en chef du titre, en remplacement de Grégoire Nappey, qui «n’a pas souhaité diriger Le Matin dans ce contexte», est-il sobrement indiqué.

34 millions de pertes en dix ans

«En 2017, la marque a perdu 6,3 millions de francs et près de 34 millions au cours des dix dernières années», précise le communiqué. Le groupe de presse n’a plus souhaité compenser ces pertes par les revenus de ses autres activités. En 2017, le bénéfice net de Tamedia a augmenté de 39,1%, pour atteindre 170,2 millions de francs.

Dans le cadre de la disparition du journal Le Matin, un plan social va être négocié, qui concernera «au maximum 41 personnes, dont 24 dans la rédaction». Une rencontre entre la direction de Tamedia et les représentants des employés et des syndicats est prévue demain vendredi 8 juin, afin d’entamer la procédure de consultation.

Les syndicats demandent à Tamedia de revenir sur sa décision

Tamedia se comporte comme le «croque-mort» de la diversité de la presse en Suisse romande, ont réagi jeudi les syndicats Impressum et syndicom. Ils demandent à l’éditeur de chercher une solution pour le maintien du journal.

L’annonce intervient alors même qu’une procédure est en cours depuis le 28 mars devant l’Office de conciliation vaudois, rappellent les syndicats. Impressum, syndicom et les rédactions romandes y demandent la sauvegarde du Matin papier et le gel des licenciements sur deux ans. La procédure en cours interdit en principe toute mesure contraignante tant de la part des employeurs que des employés.

Pour syndicom, la manière d’agir de l’éditeur dénote «d’un esprit de confrontation». Impressum et syndicom en appellent à la responsabilité du groupe zurichois. Ayant acquis en peu de temps trois quarts du tirage de la presse abonnée en Suisse romande, le quasi-monopole a une responsabilité particulière envers le public romand et la diversité de la presse, estiment-ils.

«Une coupe dans l’identité romande», selon Nuria Gorrite

La présidente du Conseil d’Etat vaudois Nuria Gorrite a indiqué jeudi être en pensée aux côtés de collaborateurs touchés. «On parle de 43 personnes», relève la socialiste, interrogée par l’ATS. Elle rappelle que ce n’est pas la première fois que le gouvernement vaudois doit solliciter la discussion avec des entreprises de presse.

Pour la présidente de l’exécutif cantonal, «Tamedia, société qui fait des bénéfices, tire la prise d’un titre populaire, l’un des derniers quotidiens romands». Et d’ajouter que c’est «une coupe dans l’identité romande». «Nous constatons une concentration de quelques titres et la sensibilité romande qui s’étiole», se désole-t-elle, redoutant un appauvrissement de l’information.

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