Les groupes Edipresse et Tamedia ont annoncé ce matin leur alliance, destinée à fonder un groupe média de taille nationale. Cette opération doit avoir lieu en deux temps: dès le 1er janvier 2010, Tamedia entrera dans le capital d’Edipresse à hauteur de 49,9%. Une seule entité sera créée sous le contrôle de Tamedia, Edipresse devenant alors un fort actionnaire du groupe fusionné. La transaction s’élève, pour sa première étape, à 226 millions de francs.

Les deux éditeurs représentent deux pôles majeurs de la presse nationale. Le premier édite notamment 24 Heures, la Tribune de Genève, Le Matin, Le Matin Dimanche et Le Matin Bleu*. Le second, appuyé sur le grand journal régional zurichois Tages Anzeiger et sur le dominical SonntagsZeitung, s’est étendu avec l’aquisition des deux quotidiens bernois, le Bund et la Berner Zeitung. Il a encore lancé avec succès l’édition alémanique du gratuit 20 Minuten, qu’il a prolongée par une édition romande. Les deux groupes ont par ailleurs fortement développé leurs activités numériques depuis quelques années, notamment par leurs plateformes 20minutes.ch et lematin.ch. Concurrents sur le marché des quotidiens gratuits en Suisse romande, ils collaborent déjà au sein de la plateforme d’annonces immobilières en ligne Homegate.

Taille critique pour le numérique

Dans un communiqué, les deux éditeurs Pierre Lamunière (Edipresse) et Pietro Supino (Tamedia) invoquent la nécessité de répondre aux défis de la «mutation spectaculaire» que connaît le secteur depuis quelques années et le besoin d’acquérir une taille critique pour le développement des activités numériques. Celles-ci affrontent des concurrences devenues internationales. «Ensemble, nous devons réussir là où nous isolées nous aurions éprouvé de grandes difficultés», écrivent-ils.

Ce regroupement signifie, à terme, la fin de l’indépendance du plus grand éditeur romand, Edipresse, dont le propriétaire Pierre Lamunière fêtera cette année ses soixante ans. La synergie entre les deux groupes est justifiée par leurs profils assez semblables. L’un et l’autre sont issus d’une forte culture familiale, l’un et l’autre sont adossés à des quotidiens régionaux fortement implantés dans les métropoles helvétiques. Leur dimension est en effet comparable: Tamedia a dégagé un chiffre d’affaires de 772 millions de francs en 2007 et Edipresse de 814 millions. Ils occupent les deuxième et troisième place des groupes de presse suisses derrière Ringier (1,45 milliard de chiffre d’affaires en 2007).

Fusion des deux gratuits romands

La première mesure concrète liée à cette alliance sera la fusion des deux gratuits en Suisse romande, marché qui s’est révélé trop étroit pour assurer leur pérennité. Le groupe fusionné doit ensuite dégager d’importantes synergies dans toute une gamme d’activités: acquisition publicitaire (Edipresse vient de dénoncer son contrat d’exclusivité avec Publigroupe), investissements numériques, achats de papier, impression, logistique et transports.

L’opération devra obtenir l’aval de la Commission de la concurrence avant d’entrer en vigueur. Le processus prend en général plusieurs mois. C’est donc en automne que les éditeurs devraient être fixés sur le destin d’une alliance destinée à modifier en profondeur le paysage médiatique suisse.

* Edipresse est également éditeur du Temps à hauteur de 44,7%.