Metalor prend ses aises. Vendredi, l’entreprise de raffinage d’or et de métaux précieux a inauguré son nouveau bâtiment à Marin (NE), dans lequel elle est en fait installée depuis le mois de juin. Sur une surface de 21 000 m2 sont désormais regroupés les 260 employés de l’usine de raffinage, des laboratoires et du siège administratif.

Le Temps en a profité pour interroger Philippe Royer. En poste depuis 2014, le directeur général évoque la croissance et les projets de Metalor, qui vient par ailleurs de changer de propriétaire. Le groupe, qui compte des filiales dans 17 pays et emploie 1700 personnes, appartient désormais au groupe japonais Tanaka.

Le Temps: Metalor vient d’être racheté par Tanaka. Quelles en sont les conséquences?

Philippe Royer: Astorg, notre précédent actionnaire, était un fonds d’investissement. Il a permis à Metalor d’investir dans ses usines en Suisse, au Mexique, en Chine, à Singapour… Mais par nature, il était amené à revendre la société un jour ou l’autre. Avec Tanaka, nous – à commencer par les employés – pouvons voir venir. C’est une entreprise industrielle, familiale qui est là pour longtemps. Ils n’ont aucune intention de vendre. Tanaka est un gage de stabilité.

– Quel type de soutiens peut vous fournir ce nouveau propriétaire?

– Il fait environ trois fois la taille de Metalor, le groupe est financièrement solide! En plus, il y a une très bonne complémentarité entre nous, que ce soit en termes géographiques ou au niveau des produits. Tanaka est très présent au Japon et en Asie, tandis que Metalor est très fort en Suisse, en Europe et aux Etats-Unis.

– Et au niveau des produits?

– Metalor est surtout actif dans le traitement de matériaux dont le degré de pureté est élevé, par exemple les chutes d’or que nous envoient les entreprises horlogères. Tanaka, lui, est spécialisé dans l’affinage à bas titre, c’est-à-dire dans le traitement d’alliages dont la concentration de métaux précieux est basse, comme dans les catalyseurs. Ces compétences particulières devraient nous permettre de nous développer dans d’autres segments de marché. Vraiment, Tanaka est le propriétaire parfait pour Metalor! En plus, ils ont une réputation sans tache.

– A propos de réputation: Metalor est régulièrement accusé par des ONG de s’approvisionner auprès de mines illégales.

– Ce sont des mensonges! Nous travaillons avec des sociétés minières établies et certifiées. Nous répondons systématiquement à ces accusations en énonçant les faits et en faisant en sorte que ce que nous affirmons puisse être vérifié.

– Vous avez la conscience tranquille?

– Je pense pouvoir dire que dans ce métier, il n’y a que Metalor, et une autre entreprise dont je ne donnerai pas le nom, qui ait ce degré d’exigence dans le contrôle de l’approvisionnement. Nous sommes contrôlés par la Finma, nos processus sont approuvés par les organismes qui font référence en la matière, comme le London Bullion Market et le Responsible Jewellery Council. Ce n’est pas de la communication, je vous assure, c’est un vrai travail de tous les jours! On se différencie de la concurrence grâce à ces procédures.

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– Quelles sont les conséquences concrètes de vos contrôles?

– On ne touche pas à plus de la moitié de l’or minier mondial. Parce que ce sont des mines illégales ou parce qu’on y fait travailler des enfants. Nous refusons aussi environ la moitié du marché des débris d’or provenant de bijoux usagés. De même, nous ne touchons pas du tout aux flux d’or qui proviennent du Moyen-Orient. Dans le doute, on s’abstient.

– Vos clients se préoccupent-ils réellement de la provenance de leur or?

– Dans l’horlogerie, mais aussi dans l’électronique, ils y sont très sensibles. De plus en plus sensibles. Imaginez le désastre si un client final vient à découvrir que l’or de sa montre provient de mines dans lesquelles travaillent des enfants. Aujourd’hui, dans l’horlogerie, la totalité des grandes marques veulent être certaines de la source de l’or. Metalor, du coup, affine séparément les livraisons pour leur assurer que l’or affiné que nous leur rendons et le même que celui qui nous est envoyé.

– Qui sont vos clients dans l’horlogerie?

– Toutes les marques établies sont clientes chez Metalor.

– Souffrez-vous du ralentissement du marché horloger?

– On le ressent, bien sûr. Mais ce secteur pèse pour un tiers des volumes de Metalor en Suisse. Et Metalor en Suisse représente 20% de l’activité mondiale du groupe. Donc au final, notre chiffre d’affaires est exposé à moins de 10% à l’horlogerie.

– Que faites-vous d’autre à Marin?

– Les bijoux usagés, le marché minier et le marché industriel ont une importance équivalente pour ce site. Au niveau mondial, le groupe est aussi actif dans les semi-conducteurs, essentiellement en Asie, et dans les alliages d’argent pour les contacts électriques, en Asie et aux Etats-Unis.

– En 2013, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires net de 337 millions. En 2015, de 267 millions. Que s’est-il passé?

– Ce recul s’explique par les variations des cours des métaux précieux. Il s’agit des volumes de ventes, mais cela ne veut pas dire que nous gagnons moins d’argent.

– Donc Metalor est en croissance?

– Le chiffre qui compte, c’est-à-dire le résultat opérationnel (non communiqué, ndlr), progresse depuis 2014, après un creux en 2013. A Marin, une partie des locaux est d’ailleurs réservée au développement de nouvelles activités. Je ne peux pas vous trop vous en dire, mais cela concernera le recyclage, les alliages particuliers et l’horlogerie.