Au cœur des marchés

Tout «tarif» un jour…

CHRONIQUE. La dynamique économique pourrait ralentir et des sources de fragilité pourraient surgir en 2019. Les marchés financiers devront les anticiper, peut-être déjà courant 2018 quand les nouvelles économiques seront encore excellentes

Alors que les marchés financiers tentent d’oublier le choc du mois de février et de récupérer leur niveau de début d’année, la confiance se réinstalle. En effet, les données économiques affichent une solidité consensuelle qui globalement se poursuivra tout au long de 2018. Or, très vite, les investisseurs vont vouloir lever le voile de 2019. Les premières analyses s’accordent sur la poursuite de la dynamique de croissance, de profitabilité et de regain de productivité favorable à la création de valeur ajoutée des entreprises et à la valorisation de leur capital en faveur des actions.

Aujourd’hui, les regards restent rivés sur le cycle des investissements de rupture et sur la réforme fiscale américaine qui va déployer tous ses effets en 2018. On prolonge des croissances de profitabilité à deux chiffres dans toutes les régions pour 2019 après les excellents résultats de 2017 et ceux attendus de 2018.

Pour le moment, tout va bien

Cette confiance est-elle sournoise? De la nervosité de février, il faut sans doute retirer que les analystes et investisseurs ne s’accorderont pas forcément à l’unisson au fur et à mesure que les sources de fragilité se mettront en place. Les taux américains à 10 ans proches de 3% n’inquiètent pas, la question de l’impact des tarifs à l’importation américaine serait négligeable, la dépréciation du dollar un stimulant et la courbe si plate des taux américains un artifice des banques centrales. A se tourner sur 2019, on ne peut s’empêcher de tenter d’évaluer les effets de ces biais.

Dans l’ordre, le commerce international, pilier du cycle de croissance actuelle, est exposé au commerce de biens d’équipements, en particulier technologiques. Parmi les secteurs principaux qui alimentent la dynamique se retrouvent l’automobile, la chimie et les combustibles, respectivement assurant 9%, 12% et 13% des échanges internationaux.

Dollar faible indispensable

Entre guerre tarifaire sur l’acier et l’aluminium et secteurs clés du commerce international, il n’y a qu’un pas à franchir pour ébranler des attentes d’exportations en croissance de plus de 4% en 2019. La dépréciation du dollar est dès lors indispensable, ou stratégique diront certains, pour compenser le frein tarifaire gangrenant progressivement les échanges.

Et si les Etats-Unis ne jouent pas le principal rôle dans le commerce mondial, ils restent maîtres dans la direction des scénarios économiques et en particulier financiers. Leur resserrement monétaire et la neutralisation de leur politique monétaire d’ici à la fin de 2018 poussent les moteurs de croissance à s’assumer sans artifice. Tout «tarif» un jour, même le ralentissement de la dynamique et les sources de fragilité qui se mettront probablement en place pour 2019. Aux marchés financiers de les anticiper, peut-être déjà courant 2018 quand les nouvelles économiques seront encore excellentes.

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