Banque

Les tarifs dans la gestion de fortune varient du simple au quadruple

En incluant des offres de «robo-advisors», le site comparatif Moneyland montre des différences toujours plus grandes dans les frais imposés aux clients. Les coûts sont même encore plus élevés dans les banques privées, ajoute un autre expert genevois

La fintech bouleverse les tarifs dans la gestion de fortune? Le moins que l’on puisse dire, c’est: pas encore. Dans une étude publiée mercredi, le site de comparaison en ligne Moneyland.ch fait état de différence de prix pouvant aller du simple au quadruple. Les écarts se creusent, donc, puisque l’an dernier, la même analyse avait révélé des frais de gestion pouvant aller du simple au double.

Lire aussi: Les tarifs varient du simple au double dans la gestion de fortune

Quelques banques ont augmenté leurs tarifs, explique Benjamin Manz, fondateur de Moneyland. Mais si les différences sont toujours plus importantes, c’est surtout parce que la société a décidé de tenir compte cette année des «robo-advisors» (ou conseillers robots), en l’occurence l’offre de TrueWealth, une start-up zurichoise. «Ces offres sont beaucoup plus abordables, mais elles n’ont pas conduit à une baisse des tarifs générale», constate-t-il. Pour le moment, car l’expert estime que la numérisation va corriger les prix de la gestion de fortune à long terme. C’est même, selon lui, le principal défi qui attend l’industrie ces prochaines années, alors que «l’absence de transparence a été la norme jusqu’ici» sur la place financière.

Jusqu’à 2% des fonds investis

Concrètement, la société a divisé son étude en plusieurs catégories, avec mandat de gestion ou conseil, et par montant: 250 000, 500 000 ou un million de francs. Dans un mandat de gestion avec 250 000 francs, les frais sont compris entre 1250 et 5000 francs. Avec 500 000 francs, ils commencent à 2500 francs et peuvent atteindre jusqu’à 9750 francs. Avec un million, ils s’élèvent de 5000 à 19 500 francs. Soit jusqu’à 2% des fonds investis.

Voir aussi: Détail complet des offres sur le site de Moneyland

Moneyland s’est concentré sur une dizaine de banques universelles, dont Credit Suisse et UBS, des banques cantonales, Swissquote et quelques autres. Des établissements pour lesquels ces informations peuvent être obtenues relativement facilement. Or, dans les banques privées, «il faut ouvrir un compte pour connaître les tarifs d’un établissement», souligne de son côté Anthony Chatelanat, fondateur de Finetika, une société de conseil à Genève.

Les banques cantonales meilleur marché

Son expérience, passée à évaluer des portefeuilles de clients, le conduit non seulement à confirmer les résultats de l’étude de Moneyland, mais aussi à ajouter: «Dans les faits, c’est même pire que cela, car cette recherche ne tient pas compte des frais des produits financiers qui font partie du portefeuille, les frais de change, des éventuels frais de bourse, etc.» Ainsi, si Moneyland – qui admet ne pas tenir compte de ces éléments – affiche des factures entre 2500 et 9500 francs par année pour une fortune de 500 000 francs, lui évalue plutôt la dépense entre 7000 et 22 000 francs par an. «De manière générale, les offres les plus concurrentielles viennent des banques cantonales, UBS et Credit Suisse se situent au milieu, tandis que les banques privées sont les plus chères», explique-t-il.

Anthony Chatelanat estime donc que les frais annuels se rapprochent plutôt des 4%, soit bien plus que la performance que les banques peuvent offrir à leurs clients dans le contexte actuel de taux bas, voire négatifs. «Tant que le client reste dans un cadre standard, ce qui est généralement le cas pour des fortunes de moins de 50 millions, le service est très cher», poursuit le fondateur de Finetika. La raison? «Les banques privées ont des structures de coûts plus complexes, notamment en raison des exigences croissantes dans la gestion de fortune pour des clients non-résidents.» Anthony Chatelanat recommande donc à ses clients de garder leurs avoirs en cash, les répartir dans plusieurs banques en gardant à l’esprit que 0% par an, une fois la performance et les frais inclus, dans le contexte actuel, c’est plutôt bien.

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