Les tarifs des sites de courtage en ligne varient du simple au quadruple

Bourse Un test comparatif de Moneyland.ch évalue 18 plateformes en Suisse

A l’étranger, les tarifs sont beaucoup plus avantageux, mais d’autres risques existent

Un particulier a fait le calcul: pour être sûr de ne pas perdre d’argent en misant sur l’action Apple, la performance du titre du groupe à la pomme devait être de 8% au moins. 8%? Car, à chaque transaction – achat et vente –, sa banque lui imposait des frais de près de 4%. De quoi réfléchir à deux fois avant de se lancer dans le boursicotage. Pour l’investisseur en question, l’envie lui a passé.

Certaines plateformes sur Internet permettent de limiter ces coûts. Mi-février, le site Moneyland.ch, spécialisé dans les comparaisons de prix de services financiers, a publié son calcul des prix imposés par 18 plateformes de trading en ligne surveillées par la Finma, le gendarme de la finance, certaines spécialisées, d’autres développées par des banques. Conclusion: des variations «énormes» entre les offres. Le prix peut varier du simple au quadruple, qu’on soit un trader «occasionnel» choisissant entre CornèrTrader ou Credit Suisse, ou qu’on soit un trader «fréquent» optant pour CornèrTrader ou UBS (voir tableau ci-dessus). La société basée à Zurich réalise la comparaison depuis deux ans, pendant lesquels, au dire de son directeur Benjamin Manz, presque rien n’a changé.

Pourquoi une telle différence? «Les grandes banques veulent séduire les clients de gestion de fortune. En appliquant des tarifs élevés, ils font déjà un tri. Ce n’est pas la même considération qui prévaut pour les plus petits établissements», soutient Paul Coudret, conseiller économique et auteur de Comprendre la bourse*.

Il ajoute un autre facteur à prendre en considération: l’accessibilité de la plateforme. «La plupart de ces sites appartiennent à des banques qui vont contraindre le client à ouvrir un compte pour les utiliser», prévient-il. Or, «un compte pour stocker les titres et un compte pour les opérations engendrent des frais supplémentaires». Il recommande aux particuliers de se renseigner aussi sur les tarifs en vigueur dans ce domaine avant de faire leur choix.

Chez Moneyland.ch, personne ne s’aventure à juger la cherté des offres dans l’absolu. Contrairement au magazine Tout Compte Fait, qui a réalisé une comparaison dont les résultats sont d’ailleurs proches. Pour la directrice des rédactions, Zeynep Ersan Berdoz, les tarifs des plateformes helvétiques sont plus élevés en comparaison internationale. «Dans ce secteur, comme dans d’autres d’ailleurs, la concurrence fonctionne mieux à l’étranger, ce qui explique ce constat.» Elle cite notamment les banques allemandes, dont les tarifs apparaissent plus avantageux. «Les services financiers sont moins bon marché de manière ­générale en Suisse. Le trading n’échappe pas à cette règle pour des raisons de structure de marché, d’offre plus restreinte et d’agressivité plus faible des acteurs», considère Stefan Rüesch, responsable des banques chez Comparis. Il juge qu’il manque en Suisse un «véritable casseur de prix. Swissquote a un peu joué ce rôle, mais pas suffisamment. Il s’est ensuite davantage dirigé vers la qualité des services.»

Comme certains passent la frontière pour profiter des supermarchés aux prix moins chers, faut-il donc faire de même pour ses investissements? «Il vaut la peine pour un Suisse de voir ce qui se fait ailleurs, mais uniquement pour ceux qui ont des placements en euros et/ou dollars, afin de minimiser les risques de change et d’imprévus», estime Zeynep Ersan Berdoz. Tout Compte Fait n’a pas réalisé récemment de comparatif prenant précisément en compte ces risques, ajoute-t-elle.

Sylvain Frochaux, fondateur du groupe suisse Straight from The Lab, qui propose une approche académique de l’investissement, s’est intéressé à ces écarts de prix et a évalué quatre sites, un américain, Interactive Brokers, deux français, Fortuneo et Binck, et Swissquote. Pour 28 transactions en Europe avec un capital de 100 000 euros, les frais de courtage peuvent varier du simple au quintuple. Interactive Brokers ressort en tête avec des frais de 200 euros. Les deux sites français sont au coude à coude avec 480 et 430 euros, tandis que Swissquote représente l’offre la plus chère avec 980 euros. Sur le marché américain, l’écart est encore plus frappant: 40 transactions chez Swissquote coûtent 1400 dollars, contre seulement 40 dollars pour Interactive Brokers.

Paul Coudret incite, lui, à la prudence: «Les plateformes étrangères peuvent sembler de très bonne qualité, mais l’investisseur a généralement très peu d’informations sur l’entreprise. En Suisse, il peut au moins s’appuyer sur le fait que la Finma surveille ces banques et s’intéresse donc de près au fonctionnement de ces plateformes», précise-t-il. Ajoutant: «A l’exception de l’Angleterre, ce n’est pas toujours le cas ailleurs.» Stefan Rüesch renchérit: «L’investisseur peut évidemment regarder les offres à l’étranger, mais il doit alors tenir compte du risque de change car son compte sera probablement en euros. Et c’est là le risque le plus difficile à maîtriser pour un investisseur.»

Sylvain Frochaux tempère en ajoutant que les effets de change chez Interactive Brokers n’affectent que les gains (ou les pertes), et non le capital, ce qui est un avantage pour un investisseur ayant ouvert un compte en francs et souhaitant investir à l’étranger. «Les volumes échangés via Interactive Brokers étant tellement plus élevés, la société peut se permettre des prix cassés», explique-t-il.

Confronté à cette question de prix, Swissquote ne prétend pas faire office de «low cost» du boursicotage. Interrogé dans ces colonnes, il disait l’été dernier «ajuster les tarifs en continu pour rester concurrentiel». Face aux prix bas de la concurrence étrangère, il estimait sa «clientèle habituelle plus à l’aise avec une banque suisse, notamment avec ce qui s’est passé dans la zone euro ces dernières années».

* Editions Lextenso, 2013.

Il manque en Suisse un «véritable casseur de prix. Swissquote a un peu joué ce rôle, mais pas suffisamment»