Quelle n'a pas été la surprise de constater la corrélation aussi étroite entre les taux américains et européens, suite à la décision de la Fed de remonter ses taux d'un quart de point la semaine dernière. Mais pour Claude Morgenegg, économiste chez Bordier & Cie, le fait que les rendements obligataires européens se soient tendus au cours des mois de mai et juin est plus dû à la perception d'une reprise de la conjoncture européenne qu'à la décision de la Réserve fédérale américaine. «Si l'économie européenne se reprend, des rendements plus élevés sont justifiés», note l'économiste.

La corrélation entre les taux américains et européens a quelquefois été brisée, notamment entre le mois d'octobre de l'année dernière et le début du mois de mai 1999. Car si les taux américains se sont tendus depuis la crise russe et la débâcle des hedge funds en octobre de l'année dernière – période pendant laquelle les rendements obligataires américains, tout comme ceux des obligations allemandes, étaient extrêmement faibles –, les taux européens sont, eux, restés longtemps sans tendance. Un phénomène que Claude Morgenegg attribue au manque de conviction de l'investisseur européen pour la reprise économique.

Mais qu'en sera-t-il dans un an? Alors que le consensus fait grise mine aux obligations et continue de s'emballer pour les actions, Michel Girardin, responsable de la politique de placement à la banque Edouard Constant, table sur un ralentissement de l'économie américaine. Ce qui entraînerait, d'ici à un an, un niveau de rendement des obligations américaines inférieur au niveau actuel, et donc une hausse de leur prix. «Avec le ralentissement de l'économie américaine et la reprise de la conjoncture européenne, la détente des taux américains dans les douze prochains mois devrait être plus marquée que celle en Europe», continue Michel Girardin. Paradoxalement, même avec une reprise de l'économie en Europe, il est probable que les taux européens baissent par mimétisme avec les taux américains. Selon Michel Girardin, l'écart de rendement entre le bon du Trésor américain à 10 ans et celui de son confrère allemand le Bund (d'environ 1,2% actuellement) devrait dès lors se rétrécir. L'analyste table en effet sur une diminution du rendement du bon du Trésor de 5,85% actuellement, à un niveau de 5,25 voire 5% au cours des douze prochains mois. Le rendement du Bund, quant à lui, devrait fléchir de 4,6% actuellement à 4,2% sur la même période. «Ce qui nous ramènerait à un écart de rendement de l'ordre de 0,8%, soit l'écart moyen que l'on a connu au cours des deux dernières années», précise Michel Girardin.

A. N.