Depuis que les gérants en obligations n'ont plus les yeux rivés sur les chiffres de l'inflation, mais sur les taux de change, les marchés obligataires des deux côtés de l'Atlantique se sont mis à diverger.

Le changement est intervenu fin octobre lorsque la baisse du prix du pétrole a réduit la menace d'un dérapage des prix. La réélection de George Bush quelques jours plus tard a accéléré la chute du dollar, propulsant cette problématique au-devant de la scène. La glissade de la devise américaine ces dernières semaines a amplement bénéficié aux obligations européennes, tandis que leurs consœurs américaines ont marqué le pas. Le rebond du dollar jeudi a coïncidé avec un reflux important des obligations européennes. Aux Etats-Unis, c'était le grand calme.

«Normalement, les taux longs des deux côtés de l'Atlantique sont fortement corrélés», prévient Phillipp Vorndran, le stratège de Credit Suisse Asset Management à Zurich. L'affaiblissement vraisemblable des obligations américaines finira par peser sur les cours en Europe. «Il faut réduire les maturités, même en Europe», préconise le spécialiste. A la banque Ferrier Lullin à Genève, l'économiste Roland Duss pense que le découplage entre l'Europe et les Etats-Unis va se poursuivre quelque temps: «L'écart devrait se creuser encore un peu.» Selon lui, le danger d'une remontée importante des taux a disparu. «Il n'y a pas de grand danger pour les obligations en 2005, mais l'essentiel des gains est derrière nous», estime-t-il.