On parle fréquemment du taux de couverture comme étant le principal indicateur de la sécurité ou de la capacité de risque d’une caisse de pension. On dit également que pour une meilleure comparaison, il faudrait que toutes les caisses de pension calculent ce taux de couverture avec un même taux d’intérêt technique. Le taux d’intérêt de référence des experts des caisses de pension est souvent proposé en ce sens. A présent, il s’agit de savoir si un taux de couverture normalisé aboutirait à un nouveau benchmark pertinent qui donnerait une orientation pour la comparaison des différentes caisses de pension.

Le rôle du rendement attendu

Comme les caisses de pension doivent payer la plus grande partie de leurs prestations dans un avenir lointain, le rendement généré jusqu’à cette échéance constitue un paramètre essentiel du calcul des prestations, et en particulier des rentes. La valeur actualisée des prestations futures et donc le taux de couverture sont directement et principalement subordonnés au rendement futur attendu. Dans cette optique, il faut avant tout fixer le taux d’intérêt technique en fonction du rendement attendu. Le plus souvent, il convient d’opter pour un taux d’intérêt technique inférieur au revenu attendu et assorti d’une marge de sécurité si les réserves de fluctuation de valeur ne sont pas encore constituées ou s’il existe des coûts supplémentaires récurrents.
S’agissant du revenu attendu et du taux d’intérêt technique, les principales différences tiennent à la stratégie de placement. A l’évidence, les actions et biens immobiliers en proportions supérieures génèrent plus de rendement que les parts élevées de liquidités ou d’obligations. Différents taux d’intérêt techniques sont l’expression du modèle commercial d’une caisse. Les différences de taux d’intérêt techniques sont par ailleurs le reflet de la situation spécifique de la caisse qui se manifeste sous forme de placements individuels.

De fait, un taux de couverture harmonisé, calculé à l’aide d’un taux d’intérêt universel, n’est guère adapté à la réalité.

Il est toutefois possible de s’aiguiller en procédant à une comparaison entre l’historique des rendements historiques et des taux d’intérêt techniques de la caisse. Les taux d’intérêt techniques ont-ils été dépassés? De combien? Mais ceci ne peut être qu’un premier gage de fiabilité, car le rendement futur est incertain. C’est pourquoi il faut examiner les hypothèses sur lesquelles l’institution de prévoyance se base pour l’avenir.

Flux de trésorerie

Nombre de lecteurs seront maintenant convaincus que le rendement attendu est déterminant pour l’avenir, mais penseront qu’un taux de couverture aussi normalisé que possible peut constituer un indicateur clé de la sécurité actuelle d’une caisse de pension. Il est vrai que plus le taux de couverture est important, plus les versements élevés sur les actifs seront imminents. La liquidation totale d’une société peut engendrer des cas extrêmes. Dans le cas d’une fondation collective, une perte générale de confiance peut pousser les affiliés vers la sortie. De fait, on peut assister du jour au lendemain à la naissance d’une caisse de pension dont tous les assurés actifs auraient plié bagage.
Dans la pratique, les institutions de prévoyance s’attachent essentiellement à anticiper les flux de trésorerie pour contrôler leurs risques, estimant tous les effets planifiables en francs. Ainsi, le développement des flux de trésorerie opérationnels et financiers doit être une priorité au quotidien. Il faut d’un côté mettre en relief les versements futurs des assurés actifs ainsi que des paiements de rente et de capital, et de l’autre générer des flux de trésorerie grâce aux intérêts, dividendes et loyers.

Par conséquent, il faut avant tout juger de la capacité de risque d’une caisse de pension par le montant des flux de trésorerie et en comparant les flux de trésorerie de différentes caisses de pension, par exemple avec un indicateur tel que flux de trésorerie net/engagements.

Les réflexions devraient se recentrer sur l’importance de la différence entre le rendement attendu du taux d’intérêt technique et le flux de trésorerie net attendu dans les institutions de prévoyance. Ces comparaisons seront plus utiles qu’un taux de couverture harmonisé pour évaluer la capacité de prestation de risque des caisses de pension ayant un fonctionnement normal.