«Les banques ont maintenu leurs taux hypothécaires à un niveau artificiellement élevé pour améliorer leurs marges», affirmait, il y a quelques jours, le surveillant des prix Werner Marti en sommant les banques cantonales de baisser immédiatement le leur. Après le recul d'un demi point à 0,5% de son taux d'escompte par la Banque Nationale Suisse (BNS) jeudi dernier, les banques cantonales ont cédé à la pression. Six d'entre elles, les banques cantonales de Lucerne, Zurich, Argovie, Saint Gall, Schwyz et Zoug, ont annoncé hier la baisse de leur taux hypothécaire de référence d'un quart de point à 3,75%. Après le plus haut en août 1992 à 7%, ce niveau est le plus bas atteint depuis 1958.

Cette baisse est politique. Le secrétaire général de la Banque Cantonale de Fribourg, Jean-Bernard Denervaud, ne s'y est pas trompé. Il explique le quart de point d'écart entre les banques cantonales romandes et alémaniques «par une situation économique et des conditions de refinancement différentes des deux côtés de la Sarine». De fait, alors que d'autres banques cantonales alémaniques (Bâle-Ville, Bâle campagne, Obwald, Nidwald et Uri) annonçaient qu'elles suivraient le mouvement ces prochains jours, leurs homologues romandes restent placides.

Il y a plusieurs raisons à cela. De ce côté-ci de la Sarine, les marges nettes d'intérêt sont aussi faibles (entre 1 et 1,5%) qu'ailleurs. Mais les conditions de refinancement y sont aussi moins bonnes. Les organismes de notation assimilent les banques cantonales romandes à des cantons qui sont mal notés. C'est le cas de celle de Genève (BCGe). Les conditions tarifaires qu'elles obtiennent pour se refinancer sont donc détérioriées. Ce n'est pas aussi vrai pour les banques cantonales alémaniques. Celle de Lucerne a pu ainsi placer hier en quelques minutes un emprunt de 300 millions à d'excellentes conditions.

Actuellement, hormis la Banque Cantonale du Valais et un taux hypothécaire à 4,25% justifié par son bilan, toutes les banques cantonales romandes ont, ou auront d'ici à juin, un taux à 4%. Ceci leur permet, dans des conditions concurrentielles spécifiques, d'améliorer aussi leurs marges nettes alors que leurs charges d'emprunt restent lourdes en termes de taux. Outre-Sarine, la concurrence avec le taux de 3,625% de la Banque Migros, par exemple, explique le mouvement de baisse. Les banques cantonales veulent y conserver leurs parts de marché.

Mais il faut relativiser ces mesures. Les grandes banques, avec un tiers d'un marché de 473 milliards, vivent depuis longtemps au rythme d'un taux négocié. Les banques cantonales ont 35% de ce marché dont la moitié seulement concerne les immeubles d'habitation. Enfin, vu le niveau des taux d'intérêt, les clients exigent toujours plus des taux fixes sur trois ou cinq ans. A la BCGe, près de 70% des objets sont ainsi négociés actuellement. Ce qui la rend indifférente, ou presque, à la valse des taux.