La nouvelle réjouira aussi bien les propriétaires que les futurs acquéreurs de biens immobiliers. La Banque Migros a annoncé hier une baisse d'un quart de point de ses taux hypothécaires à 3,375%. Ce recul sous la barre des 3,50% a une symbolique très forte, sachant que la Suisse n'avait plus connu de taux aussi bas depuis l'après-guerre. L'établissement justifie cette décision par la situation actuelle qui règne sur les marchés de l'argent et des capitaux. Il ajoute que ce nouveau taux appliqué aux hypothèques de premier rang est valable de suite pour toute nouvelle affaire et dès le 28 février prochain pour les crédits en cours.

Cette mesure devrait renforcer le mouvement d'accès à la propriété observé dans certaines régions de Suisse. En 2000, selon l'Office fédéral du logement, le pourcentage de propriétaires était de 34% contre 30% dix ans plutôt. Par ailleurs, on compte aujourd'hui deux fois plus de logements en propriété qu'il y a onze ans dans le canton de Zurich, selon des chiffres publiés par la Banque cantonale de Zurich (BCZ). Les spécialistes de l'immobilier rappellent cependant que la corrélation entre la baisse des taux hypothécaires et l'augmentation du nombre de propriétaires n'est pas prouvée statistiquement. «Aucune enquête n'est disponible sur ce sujet, explique Laurent Amez-Droz, secrétaire général de la Chambre immobilière neuchâteloise. Nous observons cependant depuis un certain temps un engouement dans notre région», relève-t-il. En plus de cette baisse des taux, le professionnel met en avant la stabilité des coûts dans la construction. A ces éléments s'ajoute la possibilité offerte aux futurs propriétaires d'utiliser leur deuxième pilier pour financer leur achat. «De nombreux clients ont recours à cette solution», confirme Franz Jenni, membre de la direction générale de la Banque Migros. Reste à voir maintenant si le mouvement initié par la Banque Migros sera suivi par ses concurrents. Il est intéressant de relever que ce même établissement avait été le premier en juillet à baisser ses taux. De nombreuses banques avaient par la suite suivi le mouvement, réduisant quelques semaines plus tard leur taux de référence.

«Shopping hypothécaire»

Suite à cette dernière baisse, c'est pour l'heure l'attentisme qui prévaut dans les établissements interrogés. La Banque Cantonale de Zurich (BCZ), l'une des principales institutions hypothécaires du pays, souhaite d'abord observer l'évolution du marché. Côté romand, le son de cloche est le même. La Banque Cantonale vaudoise (BCV) ainsi que la Banque Cantonale de Genève (BCGE) n'ont pas l'intention de bouger pour l'instant. Les banques Raiffeisen, poids lourd avec un volume de 65 milliards de francs d'hypothèques, ne veulent non plus rien précipiter. Selon le porte-parole des coopératives, les établissements attendent une éventuelle décision de la Banque nationale suisse (BNS) concernant ses taux directeurs.

Face à cette large offre bancaire, Laurent Amez-Droz explique que la seule mention du taux ne doit pas suffire à convaincre le futur acheteur. Il conseille la pratique d'un «shopping hypothécaire». «Chaque établissement propose des solutions différentes susceptibles de répondre aux besoins particuliers», note-t-il. Dans la démarche de l'acquéreur, Charles Spierer, de la Chambre immobilière genevoise, relève l'importance de l'élément de sécurité. «La charge d'intérêt ne représente qu'une partie de la décision», relève-t-il. En effet, si cette nouvelle baisse des taux hypothécaires incite à l'acquisition d'appartements ou de villas, la morosité économique risque de retenir les acheteurs les plus décidés.