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C’est à Londres qu’est fixé et supervisé le Libor.
© Reuters

Marchés 

Les taux Libor vont être abandonnés

Les indices de référence pour des centaines de milliards de dollars de produits financiers ont été au cœur d’un scandale financier qui a conduit à des projets de réforme. Ils ne sont plus suffisamment utilisés, estime désormais l’autorité britannique qui les supervise

Le Libor n’existera plus d’ici à 2021. C’est ce qu’a annoncé jeudi matin Andrew Bailey, responsable de la Financial Conduct Authority (FCA), l’autorité britannique qui supervise ces indices de référence depuis 2013. Et, si l’immense scandale financier des manipulations l’a fait trembler, ce sera finalement le désintérêt graduel des banques qui aura eu raison de l’existence de ce marché permettant aux banques de se faire des prêts entre elles.

Ces taux, libellés en dollars, en euros, en yens, en livres sterling et en francs, et à plusieurs échéances, sont pourtant toujours utilisés comme référence pour 350 milliards de dollars de produits financiers, allant des hypothèques aux emprunts des étudiants américains pour financer leurs études. A tel point que le Libor a longtemps été considéré comme le chiffre le plus important du monde. En Suisse, la Banque nationale s’en sert pour la conduite de sa politique monétaire. Mais les banques, elles, ne l’utilisent presque plus.

9 milliards de dollars d’amendes

A l’origine, les taux étaient fixés, chaque jour, en fonction des niveaux auxquels une poignée de banques envisageaient de se prêter entre elles. Or, il est apparu que cet outil, qui permettait aussi de connaître la solidité du secteur bancaire – plus les banques prêtent à un taux élevé, plus on peut en déduire qu’elles ont des doutes sur la santé financière de leur contrepartie –, était largement manipulé par des traders en fonction de leur intérêt.

De quoi déclencher un scandale financier planétaire, qui a conduit plusieurs établissements, dont UBS, Barclays ou Royal Bank of Scotland, à devoir s’acquitter d’amendes record. Au total, selon les calculs de Bloomberg, les établissements ont payé 9 milliards de dollars d’amendes dans plusieurs pays à la suite de cette affaire, qui a également conduit des traders en prison.

Nouveau système à définir

Le scandale a mis tout le monde d’accord sur un point: la nécessité de réformer ce modèle afin de le baser sur des prix de transactions réelles, non plus sur des estimations. Or, pour cela, il faut une certaine activité dans ce marché, et ce n’est plus le cas. Selon Andrew Bailey, pour une monnaie et une échéance données, il n’y a eu qu’une quinzaine de transactions en 2016. Le régulateur dit avoir poussé les banques à utiliser davantage ce système pour se prêter de l’argent, mais sans grand succès. Or, «s’il n’existe pas de marché actif, comment l’indice de référence, même le mieux géré, peut-il le mesurer?» a demandé, de façon rhétorique, Andrew Bailey. Les banques seront toutefois encore incitées à l’utiliser ces cinq prochaines années, le temps que le nouveau système soit créé.

Ce dernier est encore à définir. Des travaux sont en cours dans plusieurs organisations et des propositions ont déjà émergé pour faire office d’alternatives au Libor, en fonction des monnaies et des marchés. Il est probable qu’on s’achemine vers plusieurs indices de référence en fonction des marchés, en plus d’un outil global pour une grande partie des produits financiers.

En Suisse, la BNS assure qu’un remplaçant au Libor sera trouvé «en temps opportun». Aux Etats-Unis, les recherches sont en cours. En Grande-Bretagne, le SONIA, qui représente la moyenne pondérée de toutes les transactions non sécurisées au jour le jour en livres sterling et dont le courtage a lieu à Londres par l’Association Wholesales Market Brokers, apparaît comme l’alternative la plus probable.

Selon Nikolay Markov, économiste senior chez Pictet Asset Management, «le changement de taux de référence aura un impact sur les taux de tous les crédits privés, les hypothèques et autres crédits à la consommation, même pour les contrats existants». Mais il est trop tôt pour savoir si les ajustements se feront à la hausse ou à la baisse, «les conditions de marché à ce moment-là auront aussi une influence».

Lire aussi: Le scandale financier qui arrive par UBS


«Aucune conséquence», selon la BNS

Pour la Suisse, l’abandon du Libor entraînera aussi des changements. D’abord, parce qu’il sert de taux de référence pour les hypothèques dites Libor. Même s’il n’existe pas de chiffre officiel, sur les 950 milliards de francs d’hypothèques en cours, il y en aurait plusieurs dizaines, voire une centaine de milliards. Ensuite, parce que la Banque nationale suisse (BNS) s’en sert pour conduire sa politique monétaire. Elle fixe une marge de fluctuation pour son taux d’intérêt de référence autour du Libor en francs à trois mois.

Jeudi, l’institution a souligné que les «banques centrales sont depuis longtemps conscientes des problèmes liés au Libor». Elle travaille avec le secteur financier pour trouver une alternative à ce système. Lors de la dernière conférence de presse de l’institution, en juin, elle a présenté l’avancée des projets de réforme des indices de référence en général. «Ces réformes visent à asseoir sur une base plus solide les taux d’intérêt existants et à développer le cas échéant des solutions de rechange», détaille Andréa Maechler, numéro trois de la BNS.

Un remplaçant en temps opportun

Pour le Libor, les travaux «se poursuivent», explique-t-elle. En revanche, la BNS a déjà décidé qu’un nouvel indice, le SARON, remplacera le «TOIS fixing» dès la fin de l’année sur le marché monétaire suisse. Il est déjà utilisé pour les produits dérivés sur taux d’intérêt et offre l’avantage de «reposer à la fois sur des transactions effectives et sur des offres contraignantes», contrairement à son prédécesseur, qui «est fixé sur la base des données communiquées par les différentes banques».

Ce jeudi, la BNS a souligné que, la suppression du Libor n’étant planifiée que pour la fin de 2021, elle «présentera en temps opportun le taux de référence appelé à remplacer le Libor pour le franc dans sa stratégie de politique monétaire». Et d’assurer que «la fin annoncée du Libor pour le franc n’aura aucune conséquence sur l’orientation de la politique monétaire ni sur les conditions monétaires».

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