Banque de détail 

Avec les taux négatifs, combien vous coûte votre compte en banque?

Alors que les taux d’intérêt avoisinent zéro, les coûts prélevés pour la tenue des comptes risquent d’augmenter insidieusement pour les détenteurs d’un compte privé ou d’épargne

0,0058%. C’est en moyenne le taux d’intérêt qui est proposé par les établissements suisses pour les comptes privés. Et du côté des comptes d’épargne, les taux offerts par les banques helvétiques se situent à un niveau à peine plus élevé, soit 0,11% en moyenne pour un adulte, a calculé le service comparatif en ligne Moneyland.ch.

A l’approche de la fin de l’année, les clients feront bien d’être attentifs aux nouvelles conditions qui s’appliquent à leur compte privé ou d’épargne. Certes, jusqu’ici un seul établissement, la Banque alternative suisse (BAS), répercute directement les taux d’intérêt négatifs à la clientèle de détail. Toutefois, indirectement, les taux négatifs sont déjà devenus une réalité pour de nombreux épargnants. En effet, les frais dépassent généralement les revenus des intérêts, même pour les clients qui se satisferaient des prestations bancaires les plus simples – pas de carte de débit ou de crédit ni retraits d’argent à l’étranger –, comme le démontre une comparaison réalisée par le site zurichois.

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Désormais, les instituts avec lesquels les clients ne perdent pas d’argent avec un compte privé se comptent sur les doigts de la main. Ainsi, un adulte ayant déposé 20 000 francs sur un compte épargne salaire auprès de la Banque Cantonale de Fribourg (BCF), assorti d’un taux d’intérêt de 0,01%, gagnera encore exactement 2 francs après un an. Chez PostFinance, le détenteur d’un compte privé, assorti d’un taux d’intérêt de 0%, s’en sort sans perte ni gain, à condition que sa fortune globale atteigne 7500 francs.

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Ailleurs, la plupart des clients ayant déposé 20 000 francs sur un compte privé, même en n’utilisant qu’un service bancaire minimal, perdront généralement entre 30 et 100 francs par an. Les taux d’intérêt proposés par les banques n’ont du reste qu’une incidence limitée sur le solde en fin d’année. Par exemple, avec un même montant sur son compte, un client de la Banque alternative suisse, soumis à un taux d’intérêt négatif (-0,125%), supportera des coûts nets annuels de 81,20 francs par an. Ils seront presque identiques à ceux de 80,2 francs payés par le détenteur d’un compte privé à la Banque Coop avec un taux d’intérêt nul.

Un quart des Suisses retireraient de l’argent

Pour ces prochains mois, les experts ne croient pas à une généralisation des taux négatifs pour la clientèle de détail, anticipant plutôt une hausse graduelle des frais. «Je ne pars pas du principe que les banques vont répercuter les taux négatifs sur leurs clients dans un délai prévisible, du moins pas de manière directe», prévoit Marc Parmentier, expert pour le secteur financier chez Comparis. Cela afin d’éviter des dégâts d’image ou une ruée sur les dépôts bancaires. En théorie, une action concertée pourrait être réalisée par différents établissements, ajoute-t-il, même s’il doute de la réalisation d’une telle opération.


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Le risque d’une ruée sur l’argent liquide n’est pas que théorique, comme le démontre un sondage publié mardi par la société MoneyPark. En cas d’application des taux négatifs sur les comptes d’épargne, un quart des personnes interrogées en Suisse conserveraient davantage d’argent liquide. «La peur des banques, à savoir que l’application des taux négatifs sur les comptes d’épargne puisse conduire à de plus importants départs de fonds de la clientèle, semble être fondée», conclut la société de conseil.

«Hausse insidieuse» des tarifs

«Pour les clients qui ont un montant «normal» sur leur compte privé ou d’épargne, l’introduction de taux négatifs apparaît peu probable, car les établissements concernés perdraient trop d’argent», considère aussi Benjamin Manz, directeur de Moneyland. En revanche, «une série de hausses des frais auprès de différents prestataires financiers en Suisse» est observée par le directeur du site de comparaison qui n’hésite pas à évoquer une «hausse insidieuse des tarifs». En effet, étant donné que ces augmentations ne s’effectuent pas d’un seul coup, elles ne sont pas vraiment perçues par les clients des banques, souligne-t-il.

Aux yeux de Marc Parmentier, on peut se poser la question de savoir si certaines hausses des frais bancaires observés récemment sont vraiment attribuables aux seuls taux négatifs. Pour lui, les banques répercutent plus généralement à leurs clients les coûts résultant d’exigences réglementaires plus strictes.

Empêcher les liquidités trop élevées

Que faut-il attendre pour la suite? Benjamin Manz envisage trois mesures susceptibles d’être utilisées par les banques si les taux négatifs devaient persister: une augmentation des frais bancaires pour les comptes privés ou d’autres prestations bancaires; une introduction de frais pour les comptes d’épargne (en général gratuits actuellement) ou encore un renchérissement – ou du moins l’absence de rabais – des coûts hypothécaires. Il n’exclut pas non plus l’introduction de taux négatifs à partir de certains seuils, par exemple dès 100 000 francs, pour les comptes d’épargne, voire à un niveau inférieur pour les comptes privés.

C’est aussi le scénario envisagé par le cabinet de conseil EY dans une étude: «Les banques pensent que les clients de détail réagiront de manière très sensible aux taux négatifs. Il ne faut pas s’attendre, du moins dans un proche avenir, à ce que les taux négatifs soient répercutés sur la grande majorité des épargnants», prévoit Roger Stettler, spécialiste de la banque de détail chez EY. Il précise toutefois que «les clients privés disposant de liquidités très élevées seront concernés à brève échéance, surtout si la BNS renforce une nouvelle fois les taux négatifs».

Attention aux pénalités

Que peuvent faire les clients pour échapper aux conséquences directes ou indirectes des taux négatifs? Comparer davantage les frais bancaires de leur établissement, recommandent bien sûr des sites comme Moneyland ou Comparis.
A cet égard, l’introduction toujours plus fréquente des «paquets bancaires» par de nombreux établissements complique la donne pour les clients, qui auront aussi intérêt à examiner ces offres dans leur comparaison (lire l’encadré ci-dessous).
Par ailleurs, les clients devront être attentifs aux frais cachés qui peuvent être appliqués s’ils changent d’établissement. En effet, si la plupart des comptes d’épargne restent gratuits en Suisse, des coûts peuvent être prélevés si le client ne respecte pas les délais de résiliation, rappelle Benjamin Manz. Les pénalités appliquées dans ces cas ont été rehaussées à 2% chez plusieurs établissements.


Les paquets bancaires compliquent la donne

Au sujet des frais bancaires, les deux grandes banques suisses ne manquent pas de souligner les atouts des «paquets» bancaires, qui incluent typiquement un ou plusieurs comptes privés, un compte d’épargne, des cartes de crédit et de débit ainsi que d’autres avantages spécifiques à chaque institut comme les points Key Club (UBS) ou des primes d’achat (Credit Suisse).

«Les clients d’UBS choisissent de plus en plus massivement la solution forfaitaire de paquet bancaire, qui est clairement plus avantageuse et qui inclut toutes les prestations utiles et/ou nécessaires pour couvrir des besoins bancaires de base», souligne un porte-parole. Par analogie, dans le tourisme, le client qui choisit des offres «all inclusive» ne se pose plus la question de savoir combien coûte l’avion, la chambre, la pension complète ou le spa et le golf. «Surtout lorsqu’il a constaté que ce dont il a envie est déjà plus cher que l’ensemble des prestations de la formule «all inclusive», indique le service de presse.

Chez Credit Suisse, on souligne qu’il est désormais rare qu’un client n’utilise pas de carte de crédit, sans quoi il ne peut faire d’achats en ligne. «Comparé à un compte unique, les paquets de prestations bancaires Bonviva sont meilleur marché et plus intéressants si l’on considère qu’ils offrent à un prix fixe de nombreux services et produits bancaires d’usage très courants aujourd’hui», argumente la banque.

Pour un client avec une utilisation standard et disposant de 20 000 francs sur son compte, les offres les meilleur marché (coûts–intérêts) reviennent, dans l’ordre, aux paquets CS Bonviva Silver, Raiffeisen Member Plus et UBS Individual, a calculé Moneyland.ch. (YH)

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