Il y a presqu’un an, la Banque nationale suisse (BNS) introduisait les taux négatifs de -0,25%, avant qu’elle n’abandonne aussi le taux plancher à la mi-janvier. Quel a été l’impact de cette mesure sur le cours du franc et l’économie? Dans son dernier «Moniteur Suisse» publié mardi, Credit Suisse constate que son impact sur le cours entre l’euro et le franc a été «jusqu’ici limité».

Spécialiste des devises chez J. Safra Sarasin, Ursina Kubli n’est pas du même avis. Elle reste convaincue que les taux négatifs ont contribué à réduire l’attrait du franc par rapport à l’euro. Mais pour la suite, elle estime que la demande pour le franc va surtout dépendre de l’aversion au risque. «En cas de choc extrême, certains investisseurs accepteront de perdre de l’argent avec des taux négatifs, ce qui entraînerait un rebond du franc», imagine-t-elle, tout en précisant qu’il ne s’agit pas du scénario principal de la banque pour 2016. Selon elle, «la BNS reste très prudente à l’idée d’abaisser encore les taux négatifs, en raison de leurs nombreux effets secondaires pour l’économie». A l’inverse, il serait beaucoup trop tôt pour l’institut d’émission de penser à en réduire l’ampleur. D’ici à la mi-2016, le cours de la devise helvétique devrait s’affaiblir à 1,10 franc par euro, puis à 1,12 à la fin de l’an prochain, anticipe J. Safra Sarasin.

Les banques étrangères ont vendu des francs suisses

Dans son étude, Credit Suisse a analysé les effets des taux négatifs sur différentes catégories d’investisseurs. La banque conclut que les taux négatifs ont permis de réduire les afflux de fonds vers la valeur refuge que représente le franc. Cela a été le cas surtout pour les banques étrangères établies en Suisse qui ont diminué leurs liquidités en francs.

Les taux négatifs ont eu, en revanche, beaucoup moins d’effets sur la politique de placement des caisses de pension. En effet, même si les institutions de prévoyance ont sensiblement réduit leur part investie en liquidités, de 7% à un peu plus de 4,5%, elles ne l’ont pas fait au profit des placements en monnaies étrangères. «Elles n’ont pas encore relevé leur allocation en devises, se contentant d’étoffer leur quote-part immobilière», observent les auteurs de l’étude. «La politique de taux d’intérêt a contribué à renforcer le marché de l’immobilier», a constaté Oliver Adler, chef économiste chez Credit Suisse.

L’étude distingue toutefois les immeubles résidentiels et les logements en propriété. «Les taux négatifs étant appelés à perdurer, nous pensons que l’activité de construction va continuer à dépasser la demande nette d’immobilier locatif en 2016», pronostique Credit Suisse.

La situation est «tout autre» pour le marché du logement en propriété à usage propre, précise la banque. Ici, la hausse des frais de couverture a renchéri les coûts des hypothèques, contrebalançant l’effet des taux bas. S’y ajoutent les exigences renforcées en matière de financement et les mesures d’auto-réglementation qui compliquent l’accès à la propriété privée. «Ces deux facteurs s’opposent à l’effet des faibles taux hypothécaires», relève l’étude.

Le niveau des taux n’a que faiblement encouragé les entreprises à investir dans leurs outils de production. «Les investissements immobiliers ont été plébiscités, et ce même en dehors du secteur de la construction», conclut l’étude.