S’ils ont leur utilité, les taux d’intérêt négatifs n’en sont pas moins une nuisance pour la majorité des acteurs. Pour nous, ménages suisses, ils empêchent, par exemple, tout rendement de notre épargne, soit parce que les banques n’offrent plus de rémunérations sur les comptes (voire les ponctionnent à partir d’un certain montant), soit parce qu’ils amenuisent les performances de nos caisses de pension. Certes, les hypothèques sont bon marché, mais tout le monde ne peut pas être propriétaire.

Or dans la galaxie d’acteurs qui constitue ce pays, il y en a une série pour qui les taux très bas puis négatifs ont constitué une bénédiction: les communes (donc nous aussi, les contribuables). Elles peuvent se financer à un prix incroyablement bas. Gratuitement, souvent. En gagnant de l’argent, même, dans certains cas.

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Depuis la crise financière

Ces collectivités publiques – elles sont 2172 en Suisse – ont ainsi vu le service de leur dette, soit le montant qu’elles paient aux banques ou à d’autres créanciers qui leur prêtent de l’argent, s’effondrer depuis la fin des années 2000. Car les taux d’intérêt n’ont cessé de chuter dans le sillage de la crise financière, avant que la Banque nationale suisse introduise un premier taux négatif fin 2014.

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Sans rien devoir faire, les communes ont vu en moyenne le coût de leur dette se diviser par quatre en moins de quinze ans. Cela ne veut pas dire qu’elles sont restées les bras croisés: la plupart d’entre elles, si ce n’est toutes, en ont profité pour allonger la durée de leurs emprunts. Ainsi, elles s’assurent que cette addition particulièrement bon marché le reste aussi longtemps que possible. La ville de Lausanne par exemple a pu s’assurer des financements jusqu’à 40 ans, se protégeant ainsi des remontées de taux de la part des banques centrales qui finiront bien par arriver.

Fin du miracle?

Tout cela, les communes l’ont fait tout en continuant à investir, souvent à un rythme bien supérieur aux décennies précédentes. Sans extravagance: ces dépenses étaient nécessaires et leur timing, au vu du prix de la dette, parfait.

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Ne pas avoir profité de cette situation exceptionnelle pour allonger la durée des emprunts et pour investir aurait été impardonnable. D’une part parce que les retombées de la crise du covid (recettes fiscales en baisse, besoin de soutien public, etc.) risquent d’avoir un impact. D’autre part parce que ce petit miracle financier ne durera pas éternellement. Le retour, certes encore modeste, de l’inflation est là pour nous le rappeler: les taux négatifs, et très bas, auront une fin, même si on ne peut pas encore la dater.