L'art de scruter les banques centrales n'est pas de tout repos. «Nous avons changé d'opinion à trois reprises cette année sur la politique monétaire de la Réserve fédérale. Franchement, je ne sais pas si la Fed elle-même s'y retrouve encore», avoue Jim O'Neill, chef de la recherche économique globale de Goldman Sachs, lors d'une présentation à Zurich. En l'état actuel du cycle économique, les taux américains devraient être de plus de 2% supérieurs à l'inflation. Jim O'Neill prévoit que les taux à court terme passeront de 2,2% aujourd'hui à 3,5% dans douze mois. L'économie américaine souffrira cependant d'un fort ralentissement de sa productivité. Ce phénomène, associé au gigantesque déficit de la balance courante, devrait peser encore sur le dollar.

En Europe, Nicolas Sobczak estime que la BCE devrait relever ses taux d'intérêt, mais elle ne passera pas à l'acte avant le deuxième semestre de l'année prochaine. Le ralentissement de la croissance mondiale, associé à la hausse du pétrole et à l'appréciation de l'euro, pèsera sur la croissance. Celle-ci ne devrait atteindre que 1,9% en 2005. A la vue d'une demande intérieure vigoureuse, la BCE devrait déjà augmenter ses taux d'intérêt, selon l'économiste de Goldman Sachs. Mais l'opportunité lui fait défaut. Avec un euro à un niveau record, qui devrait poursuivre sa hausse, et des indicateurs conjoncturels anticipant un ralentissement, la BCE choisira l'attentisme. Nicolas Sobczak ajoute que la Banque européenne n'a jamais relevé ses taux avec un indice PMI compris entre 50 et 55. Or il est à 52,4 en octobre. Jean-Claude Trichet devra sans doute attendre le deuxième semestre 2005.

La Suisse profite aussi de taux d'intérêt réels très bas. La croissance économique dépassera en 2005 la tendance à long terme, sous l'impulsion de la demande intérieure. La BNS est donc incitée à relever ses taux d'intérêt, d'autant que les pressions inflationnistes ne tarderont pas à apparaître. Mais Inês Calado Lopes pense que Jean-Pierre Roth s'abstiendra en décembre et attendra le deuxième semestre 2005. En effet, la BNS doit à tout prix éviter une hausse du franc. Comme une hausse des taux suisses implique une diminution de l'écart de taux avec l'euro, le franc risquerait de s'envoler et de pénaliser la conjoncture. Après deux relèvements en 2004, la BNS peut rester en position d'attente, d'autant que les indicateurs avancés signalent un tassement conjoncturel. Toutefois, d'ici à douze mois, les taux courts passeront de 0,8 à 1,5%.