Commerce

Taxer les vins français, la nouvelle arme de Trump

Le président américain a préconisé lundi une augmentation des taxes sur les vins français. Histoire de compliquer la tâche des négociateurs européens du futur traité commercial transatlantique

Les cérémonies militaires de commémoration s’avèrent propices à la guerre du vin franco-américaine. Après une première salve tirée contre les importations de vins français après avoir participé au 100e anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918, Donald Trump est revenu à la charge lundi 10 juin, quelques jours après avoir visité les plages normandes du débarquement du 6 juin 1944. «La France taxe beaucoup le vin et nous taxons peu, a-t-il déclaré. Nous autorisons le vin français – qui est très bon – […] à entrer pour rien […] Ce n’est pas juste, nous allons faire quelque chose pour rééquilibrer ça.»

Une déclaration proche des attaques en règle menées sur Twitter par le locataire de la Maison-Blanche à l’automne dernier: «La France rend les choses très difficiles pour vendre du vin américain en France et prélève de lourdes taxes douanières, alors que les Etats-Unis facilitent les choses aux vins français et n’ont que des tarifs douaniers bas. Ce n’est pas juste, faut que ça change!» avait-il alors asséné.

Une menace à prendre au sérieux

Du côté des volumes viticoles et des échanges commerciaux, la menace du numéro un américain mérite d’être prise au sérieux. Premier consommateur mondial de vins et spiritueux depuis 2010, les Etats-Unis constituent, pour les vins européens, un débouché essentiel. Un tiers des bouteilles consommées outre-Atlantique viennent de France, même si les vins italiens se situent devant en termes de volume total. Ces ventes américaines ont représenté, pour le secteur viticole français, environ 1,7 milliard d’euros en 2017 (3,4 milliards pour l’ensemble des vins européens), avec une augmentation forte des rosés (les vins français représentent 51% de ce marché) et des vins pétillants depuis 2010.

Coté taxes, le tableau est toutefois plus complexe, car le prix des bouteilles aux Etats-Unis (souvent au-dessus de 10 dollars) est lié au système de distribution, qui impose aux exportateurs de passer par un distributeur grossiste. Chaque Etat applique de surcroît son propre taux douanier. Résultat: une taxe moyenne allant de 5,3 à 12,7 cents par bouteille de 75 cl (jusqu’à 14,9 cents pour les vins pétillants), tandis que les vins américains sont, eux, taxés de 11 à 29 cents par bouteille au sein de l’Union européenne. En Suisse, les droits de douane sur les spiritueux (jusqu’à 18% de teneur en alcool) sont encore plus élevés, à 2 francs par litre.

Des mois de tergiversations

Le but ultime de l’offensive de Donald Trump sur les vins français est sans doute la négociation commerciale avec l’Union européenne, dont le principe a été validé par les 28 pays membres en avril dernier, après de nombreux mois de tergiversations. Pour l’heure, le secteur agricole est exclu du champ d’application du futur traité, que Bruxelles espère boucler d’ici à fin 2019.

Le Parlement européen avait un temps refusé son accord, arguant du fait que l’UE ne doit plus négocier d’accords commerciaux avec des pays qui refusent d’appliquer l’Accord de Paris sur le climat, comme les Etats-Unis. La France reste, elle, opposée à ces discussions consacrées à l’élimination des droits de douane sur les biens industriels et à la facilitation de l’homologation des produits.

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