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A Genève, le duel entre les chauffeurs de service public et Uber arrive à son terme.
© MOHD FYROL

Concurrence

Taxis genevois contre Uber: le dernier round

Depuis lundi dernier, les chauffeurs traditionnels n’ont plus le droit d’emprunter les voies de bus à vide. Ils anticipent un manque à gagner grandissant. Pour le patron de Taxiphone, la plus importante centrale du canton, la coupe est pleine

Le directeur de Taxiphone Centrale, Cédric Bouchard, s’organise avec ses «troupes», comme il les appelle, pour que la nouvelle loi sur les taxis genevois (LTVTC) s’applique aussi aux voitures de transport avec chauffeur (VTC). Ce texte, surnommé Lex Uber, est une première en Suisse. D’autres cantons pourraient s’en inspirer. «Cette loi commence à énerver même les plus calmes d’entre nous», confie le Genevois. Ce dernier estime une perte quotidienne de chiffre d’affaires comprise entre 40 000 et 50 000 francs, depuis l’arrivée de la société californienne Uber au bout du Léman en 2015, pour les quelque 600 chauffeurs (environ 80% des taxis) affiliés à sa société.

Lire aussi: Uber face aux taxis. Notre test comparatif à Genève

L’une des raisons de ce manque à gagner: les chauffeurs de taxi doivent à présent poser des autocollants sur leurs véhicules pour qu’ils soient rapidement identifiables. «Habiller les taxis avec l’identité visuelle d’annonceurs était pourtant un moyen pour nous d’encaisser une redevance», souligne Cédric Bouchard. Certes, mais «une très faible portion de chauffeurs fait des publicités sur les portières [moins de 20%, selon l’Etat de Genève, ndlr]», rétorque Patrick Baud-Lavigne, directeur de cabinet au Département genevois de la sécurité et de l’économie.

Clients pénalisés

Depuis lundi dernier, conformément à l’entrée progressive de la nouvelle législation cantonale, les chauffeurs traditionnels ne peuvent également plus utiliser les voies de bus sans transporter un client. «On ne peut plus faire notre boulot comme il faut. On nous a coupé les deux bras et les deux jambes», s’emporte Cédric Bouchard. «Nous serons le double de véhicules à patienter en file à l’aéroport. Notre temps d’attente est donc plus long et si nous allons en ville pour chercher un client, on se retrouve dans les bouchons», raconte-t-il.

Le nouveau texte a permis la création d’une catégorie unique de taxis. «On a tendance à oublier que contrairement à Uber, nous avons acheté des concessions, nous, pour pouvoir justement utiliser la voie publique. Certains ont même payé ce droit plusieurs centaines de milliers de francs», rappelle Cédric Bouchard. Le directeur de Taxiphone, qui se sent pénalisé face à la concurrence grandissante des sociétés telles qu’Uber, dénonce une majorité des chauffeurs de VTC arborant une plaque d’immatriculation vaudoise. «Ils n’ont donc pas les autorisations et examens nécessaires pour travailler à Genève. Nos libertés se réduisent alors qu’eux peuvent continuer à travailler illégalement sur le territoire», constate-t-il avec regret.

Interrogé sur la légalité des plaques vaudoises, Patrick Baud-Lavigne précise que les chauffeurs qui font du Genève-Genève n’ont effectivement pas le droit de les utiliser: «Nous les avons sanctionnés, mais ils ont fait recours et la cause n’est pas encore tranchée par la chambre administrative.»

Taxis, mauvais perdants?

Cédric Bouchard n’est pas du même avis. «C’est évident qu’il y a une complicité de l’Etat pour favoriser le développement d’Uber en Suisse! Il faut que les usagers sachent qu’ils montent dans un taxi illégal à Genève s’il est immatriculé dans le canton de Vaud et qu’ils sont complices de fraude fiscale, de fraude à la TVA et parfois même d’incitation à la transgression de la loi sur le travail, vu que la plupart des chauffeurs de VTC traversent la frontière française», énumère-t-il avec vivacité.

Patrick Baud-Lavigne estime pour sa part qu’il n’y a pas lieu de polémiquer: «Monsieur Bouchard a financé les recours contre la LTVTC, qui ont été rejetés par la justice.» En ce qui concerne l’entrée en vigueur de cette loi, qui a été repoussée de six mois, il assure que des mesures transitoires sont prévues. «Il n’y a aucune surprise dans sa mise en œuvre», dit-il. «Il y a eu plusieurs dizaines d’heures de concertation avec les milieux professionnels sur la loi et le règlement», conclut-il. Taxiphone était présente, mais son représentant a été mis à l’écart à la suite d’un comportement qualifié à l’époque d’inadéquat.

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