Mobilité

Les taxis genevois réforment leur offre et forcent l’État à leur rendre près de 2,5 millions de francs

Le Tribunal fédéral vient d’accéder à la demande des bonbonnes jaunes concernant le remboursement de trop-perçus. Parallèlement, la plus grande centrale du canton modifie ses services pour mieux contrer Uber

Les taxis de service public à Genève viennent de faire plier les autorités. Suite à un recours déposé début 2015, le Tribunal fédéral a annulé la semaine passée un arrêt de la Cour de justice genevoise rendue fin 2014. Cette décision est susceptible de contraindre l’État genevois à restituer 2,465 millions de francs aux bonbonnes jaunes. Par ailleurs, dans la bataille qui les oppose à Uber, les milieux professionnels traditionnels créent trois catégories de véhicules, via l’achat d’une nouvelle application européenne eCab.

Le contentieux entre les taxis et leur organe de tutelle remonte à 2012. Le canton avait alors perçu 42 500 francs d’émolument en trop (la différence entre 40 000 francs de taxe unitaire, relevée sans base légale à 82 500 francs), à 58 nouveaux chauffeurs. Contraint au final de rembourser la différence, le service du commerce avait puisé dans le «Fonds Taxi». Soit un pot commun, destiné à améliorer les conditions sociales de la branche et réguler le nombre de permis en circulation. Mais pour fonctionner correctement, le solde de ce mécanisme d’incitation à remettre les plaques est censé être maintenu à un niveau adéquat (montant suffisant pour réduire le nombre de taxis, en reversant le prix de la bonbonne aux candidats au départ).

Jugement sur le fond imminent

«Suite à la crise de 2008 [ndlr: nombre record de 1,3 million de courses enregistrées à Genève la même année], nous avions demandé au canton de ramener le quota de 900 à 830 taxis. Mais la marge de manœuvre due à l’appauvrissement de notre fonds n’aurait pas permis d’atteindre ce nouveau contingent. Pourtant, le retrait de 70 permis d’exercer aurait été adéquat au vu des conditions du marché», explique Pierre Jenni, chauffeur de service public et chevilles ouvrière du recours contre l’État.

En amputant la cagnotte communautaire des taxis genevois de près de 2,5 millions de francs, les juges de Mon-Repos auraient ainsi estimé que le canton réduisait par là même sa capacité à moduler le quota de bonbonnes jaunes. La plus haute instance judiciaire du pays pourrait donc obliger les autorités à s’acquitter de leur dette, autrement qu’en utilisant le «Fonds Taxi».

L’État devra-t-il finalement utiliser des deniers publics pour payer 42 500 francs, multipliés par 58 chauffeurs? «Nous avons pris note du renvoi du dossier à la Chambre administrative [ndlr: laquelle a été sommée de statuer à nouveau, dans le sens des considérants attendus dans les semaines à venir]. Nous ne sommes pas en possession des raisons qui ont motivé le Tribunal fédéral à entrer en matière sur le recours. La cause reste donc à juger sur le fond», relèvent les autorités genevoises. Pour Pierre Jenni, en revanche, c’est l’évidence même: le canton va devoir passer à la caisse.

La rivalité pousse à l’innovation

Dans les semaines à venir, Taxiphone, la plus grande centrale de la région, doit lancer une nouvelle offensive contre Uber. «Nous allons diviser notre flotte de plus de 500 véhicules», se félicite son directeur Cédric Bouchard. Traduction: les taxis vont créer trois catégories de courses (haut de gamme, moyen de gamme et entrée de gamme), avec une tarification spécifique pour chacune d’entre elles. «Nous voulons proposer un service de limousine, mais au prix du taxi», assure-t-il.

Quelle sera la différence de coût entre un trajet en Mercedes dernier cri et en Hyundai de première génération? «Elle sera minime, sans doute d’un à trois francs au moment de la commande grâce à la nouvelle application eCab que nous venons d’acquérir», poursuit le responsable. À noter que depuis l’arrivée de la concurrence numérique venue de Californie, plusieurs taxis traditionnels ont été remis à l’ordre par leur centrale, les obligeant notamment à accepter systématiquement les paiements par carte de crédit.

«Nous allons d’ailleurs très certainement exiger du canton une réévaluation du nombre idéal de taxis. Car depuis l’arrivée de Uber, notre chiffre d’affaires a baissé de 40%», estime pour sa part Pierre Jenni. Par ailleurs, les chauffeurs traditionnels réfléchissent à lancer une action «pour grave préjudice» contre Uber, une fois que la justice se sera définitivement prononcée sur le fait que la start-up américaine doit – ou non – être considérée comme une centrale de diffusion de courses. Objectif de l’offensive: exiger de ce nouveau venu dans le monde du transport individuel à Genève des comptes quant à l’ampleur des ravages que produit son offre depuis l’automne 2014.

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