Les taxis Uber démarrent en trombe pour un passage en force à Genève

Mobilité Selon les autorités genevoises, l’entité californienne agirait dans l’illégalité

Mercredi, une soirée organisée par la start-up s’est soldée par des bagarreset un véhicule rayé

Le lancement officiel d’Uber à Genève a eu lieu début septembre. Mais mercredi, la start-up active dans les technologies mobiles a passé la deuxième vitesse. Dans un courriel adressé la veille à ses partenaires, elle invitait ses chauffeurs à réaliser de «très nombreuses et longues courses» entre 18h et minuit. «Uber a besoin de vous […] si vous réalisez au moins sept trajets, nous vous rajoutons 10 francs de bonus supplémentaire, en plus des avantages habituels», précise le message.

En cas de réalisation de ces objectifs, les candidats avaient l’opportunité d’empocher au minimum 250 francs, soit un salaire horaire de 70 francs, correspondant à plus du double de ce qu’ils auraient gagné en temps normal. Le rendez-vous a été donné au Cercle des bains, sis rue des Vieux-Grenadiers. Plus de 200 invités étaient attendus: «politiques, banquiers, chefs d’entreprise», à en croire le message électronique de la start-up.

Les taxis officiels (bonbonne jaune) ont aussi répondu présents, alertés par «des collègues infiltrés chez Uber». Ils ont bloqué les accès routiers pour saboter l’événement. Selon José Gonçalves, président de l’Association des taxis de service public, la soirée s’est soldée par «deux échauffourées» et un «véhicule Uber rayé».

Pourquoi cette offensive marketing de la part d’Uber? «Leur premier lancement, le mois passé, a été un flop, ils ont donc imaginé cette deuxième opération pour, notamment, séduire davantage de chauffeurs», suppose Pierre Jenni, président de la société Taxiphone.

Selon nos informations, Uber disposerait déjà plus de 150 chauffeurs à son service. «Une bonne vingtaine de taxis publics et privés [bonbonnes bleues], estime José Gonçalves. Chiffre auquel il faut ajouter des professionnels vaudois et, très vraisemblablement, des partenaires Uber venus de France voisine.»

Pour Mohammad Alkaar, dans le métier depuis plus de 25 ans, le modèle Uber n’est qu’un miroir aux alouettes. Pour l’heure, la start-up subventionne ses collaborateurs, à travers diverses primes (en réduisant son pourcentage habituel de 20% ou en leur offrant 20 francs par course à Zurich, par exemple), quitte à faire une croix sur sa rentabilité. «Au début, les collègues vont gagner normalement leur vie. Mais après une phase de démarrage, cela deviendra beaucoup moins rentable», imagine-t-il. Le taximan officiel affirme devoir payer jusqu’à 4000 francs de charges par mois, pour un salaire mensuel rarement supérieur à 7500 francs.

Même son de cloche du côté de l’Association genevoise des entreprises de location de limousines. «Ma marge mensuelle après impôts est de 2 à 3%, explique l’un de ses membres, Fabrice Palazzo. Je n’ai rien contre Uber, au contraire: je trouve leur concept globalisé intelligent et efficace.» Pour l’avoir testé à Genève, à Rome ou à Barcelone, le chef d’entreprise se dit surpris par la ponctualité et la qualité des véhicules avec des chauffeurs polyglottes. «En tant que consommateur, on ne peut être que satisfait de la prestation», reconnaît-il.

Il en appelle toutefois à adapter la loi genevoise. «Ce que fait Uber, c’est du maraudage électronique. C’est à mon avis illégal, sinon il y a un vide juridique à combler», précise Fabrice Palazzo. Presque partout où elle s’est implantée, la start-up avait un certain temps d’avance sur le législateur. La société vient toutefois d’écoper en France d’une amende de 100 000 euros, pour avoir prétendu offrir un service de covoiturage urbain. Mais elle devrait faire appel. Ce qui ne manquera pas de reporter la confirmation, ou non, de la condamnation fin 2015, laissant tout le temps à Uber de se positionner comme plateforme dominante, selon Les Echos de vendredi.

Aujourd’hui, l’entreprise appartenant notamment à Google et Goldman Sachs vaudrait 17 milliards de dollars, selon diverses estimations. A Genève, elle vise à convaincre les chauffeurs indépendants de travailler pour elle. «Avec le recul de 4 ans d’activité à Paris, Uber a fait l’effet d’un aspirateur à chauffeurs. Ses rivaux ont aujourd’hui toutes les peines à recruter», prévient Fabrice Palazzo.

Pour s’implanter au bout du lac, Uber a d’abord utilisé un cheval de Troie: les limousines Vachoux. Soit un contrat pour des véhicules avec chauffeurs, payés au prix fort, d’après les milieux professionnels concernés. A présent que ses activités ont été lancées, la start-up cherche à constituer ses propres effectifs.

Presque partoutoù elle s’est implantée, la start-up avait un certain temps d’avance sur le législateur