Un an après son lancement, voilà qu’arrive en Suisse Google Stadia. Ce service de cloud gaming est souvent qualifié de manière abusive de «Netflix du jeu vidéo» car offrant l’accès à un vaste catalogue de jeux contre l’acquittement d’un abonnement mensuel, ce qui n’est qu’en partie vrai, comme nous allons le détailler dans ce rapide test disponible en version détaillée sur notre site.Un rappel s’impose. Avec le cloud gaming, exit les consoles et les PC, il suffit d’un écran. Smartphone, téléviseur, tablette, et même un vieux laptop poussiéreux: nous avons testé Stadia sur à peu près tous les supports que nous avions sous la main, le service a, chaque fois, fonctionné à merveille. De puissants serveurs s’occupent d’exécuter les jeux et d’envoyer les images sur nos écrans en streaming, comme dans une vidéo YouTube, l’interactivité en plus. Le nerf de la guerre, évidemment, c’est la connexion internet qui doit impérativement être solide et fiable; 20 Mbps sont un minimum pour jouer en conditions décentes.

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Deux formules

Stadia existe en deux formules qui se différencient par la qualité d’image, le catalogue de jeux, et le prix. La première, gratuite, n’inclut aucun jeu, juste un magasin. Il faut payer chaque titre, même si on les possède déjà sur d’autres plateformes. A la louche, une centaine seulement sont à la vente, au tarif habituel (69 francs pour le dernier blockbuster Cyberpunk 2077). La qualité du flux vidéo est standard (1080p).

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Stadia Pro, l’offre à 11 francs par mois, se veut plus premium. Une trentaine de jeux du catalogue passent alors en gratuit. Le reste demeure payant, avec quelques rabais intéressants: Watch Dogs 2 passe ainsi de 55 à 22 francs. Stadia Pro débloque également le streaming en Ultra haute définition ou 4K, adapté aux téléviseurs récents. Dans les faits, le résultat est mitigé avec un débit d’images en dents de scie plutôt désagréable, si bien que l’on revient vite sur un flux 1080p amplement suffisant.

Simplicité

Nous avons été frappé par la simplicité de Stadia. On se connecte sur son appli Android (la version iOS est prévue pour le mois de décembre), on choisit un jeu – tiens, l’excellent Orcs Must Die! 3 présent en exclusivité – et celui-ci se lance, sans autre formalité qu’un court temps de chargement. Pas de téléchargement, pas d’installation, pas de paramétrage, rien: c’est du pur plug and play. Le processus est tout aussi fluide sur TV ou sur ordinateur avec Google Chrome. Sur ce point, Google fait mieux que ses concurrents.

Revers de la médaille, la simplification a parfois été poussée à l’extrême. Les informations sur les jeux sont insuffisantes. Plus inquiétant, le Stadia Store ne dispose d’aucun moteur de recherche. Vous avez bien lu: le géant mondial de la recherche sur internet n’a pas intégré de moteur de recherche dans son catalogue de jeux vidéo. Il faut se le répéter plusieurs fois pour le croire.

En plus de dix heures de test nous n’avons subi qu’une seule fois des problèmes liés à la connexion occasionnant des saccades. Les commandes sont réactives, et les jeux tournent avec fluidité. On regrette toutefois une image légèrement dégradée (contours flous, palette de couleurs réduite) par rapport à ce qui se fait avec nos machines habituelles – sûrement une conséquence de la compression du flux. Nous avons notamment comparé Assassin’s Creed Valhalla sur Xbox Series X, PlayStation 5 et Stadia: le résultat est certes meilleur sur console, mais Google s’en tire honorablement.

Produit immature

La manette Stadia (79 francs) est plutôt bonne, à part ses gâchettes mollassonnes. Elle n’est obligatoire que si l’on joue sur TV, les autres écrans s’accommodant de clavier et souris, ou d’une manette existante Sony ou Microsoft.

Au final, Stadia nous a impressionné tout en nous décevant sur certains points. Impossible de se défaire de cet arrière-goût de produit immature, une sensation d’autant plus énervante que ce n’est finalement pas la technique qui est en cause, comme on aurait pu le craindre, mais la partie logicielle (recherche) et commerciale (trop peu de jeux), ce qui semblait largement à la portée de Google.

Avec le premier mois de Stadia Pro offert, il serait dommage de ne pas se faire sa propre idée de Stadia, un outil au potentiel immense qui gagnerait à mûrir un peu avant qu’on envisage sérieusement de s’abonner sur une longue durée.