Investissements

La technologie, secteur favori des investisseurs

Les entreprises technologiques sont celles à avoir le plus progressé en bourse cette année. Mais si c’est vrai pour les grandes sociétés, c’est moins le cas des petites. En outre, le pipeline des entrées en bourse s’assèche

L’année a commencé sur les chapeaux de roue pour le secteur technologique aux Etats-Unis. Sur les trois premiers mois de l’année, l’indice des 100 plus grandes actions cotées au Nasdaq fait état d’une capitalisation globale en hausse de 400 milliards, selon des données de FactSet, citées par le Financial Times.

De fait, la tech est le secteur le plus performant cette année, avec une hausse de 13%. Elle bat également toutes les autres classes d’actifs. A en croire les prévisions de bénéfices, attendues comme les plus solides par rapport aux autres secteurs, la hausse pourrait continuer.

Valorisations «incompréhensibles»

Sauf que les valorisations commencent à inquiéter. Secrétaire au Trésor et ex de Goldman Sachs, Steve Mnuchin, a d’ailleurs dit toute son incrédulité face à la hausse des grands noms du domaine ces dernières semaines, dans une interview au site américain Axios. «Je ne comprends pas ces valorisations», a-t-il déclaré.

Depuis janvier, Amazon frise les 20% de hausse, Facebook 23,7%, Apple 21,5% et Snapchat, qui a réalisé son entrée en bourse en fanfare début mars à 17 dollars par actions, s’échange aujourd’hui à un peu plus de 20 dollars. Seul Google, freiné par le boycott de certains annonceurs de Youtube, est un peu à la traîne avec une progression de 8,6%.

«IPO» plus rares

Reste que les opportunités sont limitées. Ce sont les grands groupes qui progressent, alors que les plus petits titres voient leurs actions stagner. En outre, Snapchat excepté, les entrées en bourse se raréfient. Les start-up sont de moins en moins enclines à faire leur «IPO». Elles trouvent de plus en plus de financement sans devoir ouvrir leurs comptes au public. Elles deviennent ainsi des «licornes», ces sociétés valant plus d’un milliard de dollars, qui repoussent toujours plus l’éventualité d’une «IPO», voire ne l’envisagent plus.

Selon une étude récente de Credit Suisse, qui détaille l’assèchement du canal des entrées en bourse et en explique les conséquences, «le marché pré-IPO a remplacé le marché des IPO». En d’autres termes, les grands investisseurs, spécialistes du capital-risque, y ont accès, contrairement aux petits investisseurs, qui doivent attendre que la société entre en bourse.

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Amazon avait réalisé son entrée en bourse trois ans après sa création, contre six pour Google et huit pour Facebook. Dans le premier cas, les investisseurs ont pu empocher 565 fois leur mise de départ, contre 20 fois les montants placés pour Google et 3,7 fois leur argent.

Opportunités intéressantes

Tobias Kistler, analyste financier senior à la Banque cantonale de Saint-Gall, préfère d’ailleurs pour l’instant rester neutre dans son allocation sur les valeurs technologiques, en raison des valorisations élevées. Il voit cependant des opportunités intéressantes d’investissement – notamment Alphabet, la maison-mère de Google – dans un secteur qu’il juge dynamique, même sans entrées en bourse.

D’autant plus qu’il regarde avec prudence les licornes qui cherchent à entrer en bourse lorsque leur valorisation est élevée et leur rentabilité faible. «Dans un environnement de marché positif, des entreprises entrent en bourse sans disposer d’un modèle d’affaires soutenable», explique-t-il.

Pour ceux qui s’intéressent quand même aux licornes et aux start-up prometteuses, Tobias Kistler estime qu’il est possible d’y investir indirectement via des fonds de private equity. Reste qu’il faut en général être un investisseur qualifié, disposer d’un montant relativement élevé et être prêt à le laisser dans un fonds pendant une longue durée. «Nous sommes en ce moment assez sceptiques par rapport à cette classe d’actifs», explique le spécialiste: «En raison de l’environnement de taux bas et de la recherche de placement alternatif, le private equity a attiré beaucoup d’argent, notamment dans le secteur technologique, donc les rendements vont diminuer.»

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