L’impact de l’évolution technologique sur l’emploi est un sujet qui a été régulièrement débattu chaque fois qu’une nouvelle technique a remplacé des tâches effectuées auparavant par l’homme. Après une phase initiale, de nouveaux emplois ont permis de compenser ceux qui ont été supprimés.

En ira-t-il différemment avec l’avènement de l’intelligence artificielle et l’essor de la robotique? Invité très attendu de l’édition 2016 du Symposium de St-Gall, l’Américain Martin Ford, fondateur de Solutionsoft et auteur à succès, est convaincu que la mutation technologique en cours aura un impact beaucoup plus profond sur le marché du travail que les révolutions technologiques précédentes.

Les tâches de routine seront automatisées, aussi dans les services

«Beaucoup de personnes ont quitté l’agriculture au 19ème siècle pour aller travailler dans l’industrie. Ensuite, quand les machines ont permis d’assurer de nombreuses tâches dans l’industrie, le secteur des services a pu absorber une grande partie des travailleurs qui avaient perdu leur emploi. Lors des révolutions industrielles précédentes, un grand nombre des nouveaux emplois alors créés ont malgré tout gardé un caractère de routine. A l’avenir, un grand nombre de tâches routinières seront en revanche automatisées», prédit l’auteur de «L’avènement des robots» publié en 2015.

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Ne faudrait-il pas plutôt se réjouir d’une meilleure complémentarité entre l’homme et la machine? Martin Ford en doute: «Prenez l’exemple des véhicules autopilotés. Toutes les personnes dont le métier est de conduire devront trouver une nouvelle occupation. Je ne suis pas sûr qu’elles parviendront à se reconvertir», redoute-t-il.

Les «cols blancs» aussi menacés

De plus, la robotisation n’affectera pas que les travaux faiblement qualifiés mais aussi les emplois hautement qualifiés. Juristes, conseillers fiscaux ou journalistes en font partie. Dans le dernier cas, l’expert cite l’exemple de logiciels qui permettent déjà d’écrire des textes à caractère répétitif comme l’analyse de résultats d’entreprise, le compte rendu de manifestations sportives, etc. «Les cols blancs sont aussi menacés», estime-t-il.

Et quelles fonctions ne pourront pas être remplacées par les robots? Il cite d’une part toutes les activités véritablement créatives. D’autre part, des tâches qui requièrent une habileté particulière de l’homme, à l’exemple du travail assuré par les électriciens, les plombiers ou le personnel médical.

Face à la disparition massive d’emplois attendue, il estime que les gouvernements devront aussi réfléchir différemment à la manière dont les richesses seront distribuées. Que pense-t-il de l’idée d’introduire un revenu de base inconditionnel? Si l’Américain indique avoir entendu parler de cette proposition qui sera bientôt soumise en votation en Suisse, il s’est dit toutefois étonné du montant du revenu évoqué qui lui paraît très élevé.