Faire redescendre sur terre les technologies issues de la recherche spatiale pour d’autres usages est la philosophie revendiquée par le nouveau programme de soutien à l’innovation lancé jeudi par l’Agence spatiale européenne (ESA) et supervisé en Suisse par l’Ecole polytechnique de Zurich (EPFZ). Appelé ESA BIC Suisse, le nouveau centre d’incubation («Business Incubation Centre») est destiné aux start-up suisses issues du domaine spatial qui veulent exploiter ces technologies pour d’autres domaines.

Cet incubateur, qui s’ajoute à la quinzaine d’autres programmes similaires existants en Europe, fonctionnera sur le modèle d’un réseau incluant différentes structures basées aussi bien Genève et à Lausanne pour la Suisse romande qu’à Bâle, à Berne, à St-Gall, à Villigen et à Zurich pour la partie alémanique du pays. «Nous ne voulons pas que des start-up soient obligées de déménager, mais favoriser un réseau d’entreprises actives dans ces domaines», explique Nanja Strecker, la responsable d’ESA BIC Switzerland à l’occasion d’une présentation organisée par l’EPFZ, l’ESA et le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) jeudi à Zurich.

De la recherche spatiale aux applications civiles

Pour Jan Wörner, le directeur de l’ESA, qui compte 22 pays membres, les motivations de l’organisation ont changé au fil des années. «Notre objectif n’est plus de réaliser des projets pour le prestige mais de permettre le développement de technologies qui ont une utilité soit commerciale ou pour l’ensemble de la société», a-t-il souligné à propos du rôle de l’agence.

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Et de citer l’exemple d’une caméra développée pour le compte de la sonde Rosetta qui servait à analyser différentes variations de couleur grise sur une comète. Désormais, cette caméra est utilisée pour détecter les risques liés aux feux de forêts.

Insolight et Ligentec sont issues de l’EPFL

Les trois premières start-up suisses sélectionnées pour participer au programme fournissent un aperçu des possibilités d’utilisation de ces techniques. Deux d’entre elles, Insolight et Ligentec, sont issues de l’EFPL.

Insolight développe des cellules photovoltaïques fournissant deux fois plus d’énergie que les installations usuelles. Dans l’espace, ces cellules photovoltaïques affichaient un rendement dépassant aisément les 40%, soit plus du double de celui situé entre 18 et 21% généré par les panneaux équipés avec des cellules conventionnelles. Lors de tests, un rendement de 36%, validé par l’institut Fraunhofer à Freiburg, a été démontré, a rappelé son cofondateur Laurent Coulot.

«Trouver des partenaires dans l’industrie»

Selon lui, «le marché du solaire reste en pleine expansion mais il dépend encore beaucoup des subventions. Notre but est de parvenir à commercialiser des solutions avec des rendements deux fois plus élevés mais néanmoins simples à l’utilisation». Quelles sont les prochaines étapes pour la start-up? «Le défi n’est plus de valider notre technologie en elle-même mais d’aborder la phase de pré-industrialisation du produit. Il s’agit de trouver des partenaires dans l’industrie, pour la production de masse des cellules photovoltaïques et leur installation», illustre-t-il. Des discussions sont en cours avec Romande Energie notamment.

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Siégeant au parc de l’innovation de l’EPFL, Ligentec a mis au point un système de peignes de fréquence permettant de multiplier par 200 le volume de données transmises par la fibre optique. Ce gain d’efficience a pu être obtenu grâce au nitrure de silicium (Si3N4), une céramique très dure développée pour le domaine spatial. Son cofondateur, Michael Geiselmann, est convaincu que les volumes de données vont continuer de croître constamment dans le domaine des télécommunications, ce qui renforcera l’intérêt pour de telles solutions.

TwingTec teste des cerfs-volants produisant de l’énergie

Fondée en 2013 par des chercheurs du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (EMPA) et de l’EPFZ, TwingTec mise, elle, sur un système original de cerfs-volants fournissant de l’énergie éolienne. Selon Rolf Lüchsinger, son directeur, il suffit parfois de monter de quelques dizaines de mètres pour passer d’une situation de «faible vent à un excellent vent». De plus, son système de centrales éoliennes volantes ne nécessite pas d’installations géantes comme les éoliennes traditionnelles.