Le secteur des télécommunications dégage une image défensive à l'abri des aléas économiques classiques mais avec la contrainte d'une croissance des ventes de plus en plus molle. D'un point de vue global et agrégé, cela nous semble correct. Plus des deux tiers de la capitalisation boursière de l'indice DJ Stoxx Télécoms sont représentés par seulement 25% des constituants de l'indice: les opérateurs historiques des grands pays européens (Allemagne, France, Italie, Espagne), flanqués de Vodafone, viennent en tête de liste. Leur croissance s'essouffle et leurs marges fondent: manque de nouveaux services, concurrence en accélération sur les marchés domestiques et pressions vigoureuses des régulateurs.

Face à cette tendance de fond, retenons deux thèmes: les marchés émergents et les nouveaux entrants. Les marchés émergents affichent des taux de pénétration encore modérés: globalement entre 10% et 15% de leur population dispose d'un accès à la téléphonie mobile et moins de 10% possède une ligne fixe. Les écarts sont très vastes selon les pays. Signalons donc deux contrées à la mode en ce moment: la Chine et l'Inde. Alors que les taux de pénétration fixe et mobile atteignent un quart de la population dans l'Empire du Milieu, en Inde moins de 10% de la population bénéficie de ces deux services.

Quant au second thème, la pression des régulateurs sur le fixe fait le bonheur des nouveaux entrants hâtifs, au grand dam des opérateurs historiques, qui essaient de se réfugier derrière la législation pour gagner quelques mois de répit. Par exemple, l'opérateur national espagnol sera le prochain à ouvrir à contrecœur son réseau de téléphonie fixe suite à la décision du régulateur local (CMT). Une baisse des tarifs est programmée. Quant aux opérateurs mobiles virtuels (MVNO, opérateurs sans réseau), ils ne sont plus à présenter. Distribuées par des grands noms populaires tels que Migros ou Coop en Suisse, M6 ou FNAC en France ou encore Aldi en Allemagne et Tesco en Grande-Bretagne, ces minutes de téléphonie gagnent un succès retentissant auprès des particuliers. Dans cette niche, la croissance des ventes et des abonnés est à double chiffre. Comment profiter en Bourse de cette redistribution des cartes? Éviter d'investir dans les opérateurs historiques d'Europe continentale qui sont principalement présents sur leur marché domestique et qui ne génèrent de la croissance bénéficiaire que grâce à des licenciements et autres réductions de coûts. Nous recommandons de privilégier les opérateurs dont l'exposition opérationnelle est principalement en dehors de l'Europe continentale. Nous favorisons également les nouveaux entrants (fixe et/ou mobile) offrant une alternative à l'opérateur national. Ils ont une base de coûts plus flexible et moins élevée. Une marque forte et un marketing percutant devraient leur ouvrir la voie d'une solide croissance dans les télécommunications.