Telegram a lancé la semaine passée une innovation qui risque de faire beaucoup parler d’elle ces prochaines semaines. L’application de messagerie, utilisée par plus de 300 millions de personnes, permet désormais d’effacer des messages au sein d’une conversation, sans en laisser la moindre trace. Le but est, pour les responsables de Telegram, de mieux protéger la vie privée des utilisateurs. Mais cette nouveauté risque en contrepartie de poser de nouveaux problèmes.

De plus en plus d’applications de messagerie, de WhatsApp à Facebook Messenger, permettent d’effacer des textes après leur envoi. Mais avec certaines limites. Désormais, Telegram propose cette fonction sans aucune limite: peu importe qui a envoyé le message, quand il a été envoyé. Un utilisateur peut faire ce qu’il veut au sein d’une conversation, en supprimant tous les messages – qu’il en ait été l’auteur ou non. De plus, ces suppressions s’effectuent sans notification pour le correspondant, et surtout sans aucune trace. Dans l’historique de conversation, il n’y a aucune mention qu’un ou plusieurs textes ont été supprimés. Jusqu’à présent, Telegram ne permettait que d’effacer ses propres messages, dans les 48 heures suivant leur envoi.

Plus loin que WhatsApp

C’est ainsi une sorte de bouton nucléaire que Telegram a décidé de mettre à disposition. L’application va beaucoup plus loin que WhatsApp, par exemple. Cette application, appartenant à Facebook, permet aussi d’effacer des envois, mais tant l’expéditeur que le destinataire voient à sa place la mention «Vous avez supprimé ce message». Et cette opération ne peut être effectuée que dans l’heure suivant l’envoi.

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Pavel Durov, le fondateur de Telegram, a défendu cette innovation: «Un vieux message que vous avez oublié peut être sorti de son contexte et utilisé contre vous des décennies plus tard. Un message précipité que vous avez envoyé à une petite amie à l’école peut revenir vous hanter en 2030 quand vous décidez de devenir candidat à la mairie. Il faut le reconnaître: malgré tous nos progrès en termes de chiffrement et de vie privée, nous avons encore très peu de contrôle sur nos données.»

Enlever du contexte

L’intention est louable. Mais cela peut poser des problèmes, comme le site spécialisé The Verge l’a rapidement estimé: «Si j’avais envie de faire quelque chose de mal, je pourrais supprimer minutieusement des passages de mon historique de conversation avec quelqu’un, enlever des éléments de contexte essentiels, ce qui donnerait une fausse interprétation de ses propos.»

Il semble que Pavel Durov ait réfléchi à ce problème. Mais, selon lui, les avantages dépassent les inconvénients, a-t-il écrit: «Nous savons que certaines personnes peuvent s’inquiéter de la mauvaise utilisation potentielle de cette fonction ou de la permanence de leur historique de discussion. Nous avons bien réfléchi à ces questions, mais nous pensons qu’il devrait être primordial d’avoir le contrôle de sa propre empreinte numérique.»

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Question de confiance

Pour remédier à ces soucis potentiels, il existe plusieurs options. Il est possible de sauvegarder en permanence, par exemple sur son ordinateur, les conversations. Mais cela prend du temps. Il est aussi possible d’effacer en permanence les messages reçus et envoyés – il faudra alors expliquer à ses correspondants que l’on n’a pas une totale confiance en eux…


Bientôt une cryptomonnaie

Telegram continue à travailler au lancement de sa propre cryptomonnaie. La société russe, qui a levé 1,7 milliard de dollars dans ce but, est engagée dans une course avec Facebook, qui poursuit le même objectif. Telegram lancerait ainsi une plateforme de paiement sécurisée. Il est possible que Telegram travaille avec Signal pour lancer une cryptomonnaie commune. LT