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Image d'illustration. Production de fibre l'usine Huber und Suhner, à Herisau.
© GAETAN BALLY/Keystone

Analyse

Téléphonie: ce que l’offre de Salt révèle du marché suisse

L’abonnement illimité sur le fixe lancé par l’opérateur met en lumière trois caractéristiques du marché des télécoms. Les marges confortables des opérateurs, la fracture numérique entre ville et campagne et les dysfonctionnements du marché de la fibre optique

Débourser 49,95 francs par mois pour disposer d’une connexion à Internet ultra-rapide, d’un service de télévision complet et de la téléphonie fixe illimitée. Lancée en mars, l’offre Fiber de Salt a tout pour dynamiser le marché suisse des télécoms. Elle révèle cependant trois problèmes importants sur ce marché, des problèmes qu’elle pourrait contribuer – mais en partie seulement – à résoudre.

Lire aussi: Salt impose un nouveau standard avec une offre globale à 98,95 francs

1. Des marges encore très importantes

Le premier problème mis en lumière par Salt, ce sont bien sûr les prix pratiqués en Suisse. Il n’avait fallu que vingt-quatre heures après le lancement de cette offre pour que l’opérateur Wingo, une marque de Swisscom, baisse ses tarifs de 31%. Quelques jours plus tard, Sunrise faisait chuter le prix d’une offre équivalente à celle de Salt Fiber de 155 à 99 francs par mois. Soit encore le double du prix de l’abonnement de Salt… Et encore, il ne s’agit que d’une promotion limitée dans le temps. Via cette promotion, on sent que Sunrise teste le marché. Tout comme Swisscom, qui adapte les prix de sa filiale low cost, mais se garde bien de toucher à ses propres tarifs. Or un abonnement comparable de l’opérateur historique coûte aujourd’hui encore 130 francs par mois.

On peut raisonnablement penser que d’ici à quelques mois, une offre complète illimitée sur le fixe ne pourra plus dépasser 100 francs, hors promotion. Et que tous les opérateurs offriront une connexion à Internet ultra-rapide pour 50 francs par mois.

L’offre de Salt dessine une autre tendance à venir sur le marché suisse: celui d’une simplification des offres. L’opérateur ne propose qu’un abonnement, sans aucune option. L’offre est certes maximaliste – personne n’a besoin d’une connexion si rapide ou d’autant de chaînes TV – mais elle est simple à comprendre. On peut s’attendre à ce que ses concurrents fassent de même. Exactement comme cela s’était passé sur le marché du mobile avec l’arrivée des offres illimitées. Des offres avec un prix unique pour des services fixes et un abonnement mobile illimité devraient aussi apparaître ces prochains mois, ce qui permettra a priori de comparer plus facilement les opérateurs

2. Un accroissement de la fracture numérique

C’est le début d’une situation qui peut paraître surréaliste. En Suisse, ceux qui disposent d’une connexion ultra-rapide à Internet vont pouvoir payer moins cher que ceux qui n’en disposent pas… En effet, l’offre de Salt n’est disponible que sur le réseau fibre, pour les ménages qui sont directement raccordés par cette technologie. Or cela ne concerne que 1,3 million de ménages, soit un peu plus de 35% des foyers. Ceux-ci peuvent bénéficier de débits allant de 1 à 10 Gbit/s. Pour les autres, connectés à Internet via le réseau historique de cuivre, les débits disponibles sont dix à cent fois inférieurs.

Certes, une connexion à 100 Mbit/s est encore largement suffisante pour la plupart des usages actuels. Mais d’ici à quelques années, l’arrivée de nouveaux services gourmands en bande passante rendra nécessaire une connexion à la fibre. Il est à espérer que l’arrivée de Salt sur le marché de la fibre permette d’accélérer son déploiement. Sans quoi les internautes des villes seront encore nettement mieux servis que ceux des champs, et à des tarifs inférieurs.

Lire aussi: La stratégie de Salt est-elle suicidaire? L’opérateur réplique

3. Un dysfonctionnement du marché de la fibre

Salt, en ayant loué des fibres à des services industriels de plusieurs villes pour une durée de vingt ans, leur offre un grand bol d’air. Car ces villes déploient depuis des années la fibre sur leur territoire, en partageant les coûts de construction avec Swisscom. Mais la puissance marketing de ce dernier lui permet de s’approprier, selon nos estimations, entre 70 et 80% des clients fibre. Salt devrait contribuer à rééquilibrer un peu ce marché, mais Swisscom demeurera de toute façon en position de force sur cette technologie indispensable.

L’opérateur historique sait que le temps joue pour lui. Il migre tranquillement ses abonnés, souvent peu enclins à changer de fournisseur d’accès, vers la fibre. En face, les services industriels comptaient sur leurs propres offres, mais aussi sur celles de Sunrise, pour tenter de rentabiliser leurs investissements. Salt leur donnera un autre coup de pouce. Mais Swisscom demeurera a priori maître de ces réseaux du futur.

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