Aux États-Unis, la 5G est déjà sur les rails. Il y a un mois, l'administration américaine a pris deux décisions importantes qui devraient accélérer le développement de cette nouvelle génération d'Internet sans fil, attendue pour 2020. Les opérateurs mobiles assurent qu'elle sera jusqu'à 100 fois plus rapide que la génération actuelle, la 4G. De quoi ouvrir de nouvelles opportunités, notamment dans l'Internet des objets.

Jeudi 14 juillet, la Federal Communications Commission (FCC), le gendarme américain des télécoms, a donné son feu vert à l’utilisation des ondes à très haute fréquence, sur lesquels reposeront les futurs réseaux 5G. «Les Etats-Unis sont le premier pays à le faire», se félicite Tom Wheeler, son directeur. Le lendemain, la Maison blanche a annoncé un programme de recherche de 400 millions de dollars, en partenariat avec les grandes entreprises du secteur: les opérations américains Verizon, AT&T, T-Mobile et Sprint, ainsi que fabricants de composants et d’équipements comme Samsung, Intel, Qualcomm et Nokia.

D'abord des standards

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à investir dans le domaine. «Comme pour la 4G, le Japon et la Corée du sud sont aussi en pointe», note Michael Roberts, du cabinet Ovum. La Chine suit et l’Europe reste encore en retrait. Selon les estimations de cet analyste, la 5G comptera 24 millions d’abonnés en 2021, dont 80% en Amérique du Nord et en Asie.

Plusieurs étapes restent encore à franchir. L’industrie va d’abord devoir définir des standards technologiques communs, qui sont attendus pour 2018. Elle devra ensuite concevoir les successeurs des antennes relais actuelles. Celles-ci ne peuvent pas être utilisées car les ondes à très haute fréquence voyagent moins loin. Le déploiement de la 5G exigera donc davantage antennes, d’une taille plus réduite.

10 gigabits par seconde

«Il n’y a aucun obstacle insurmontable», assure John Donovan, responsable de la stratégie chez AT&T. Les objectifs sont pourtant élevés. L’industrie vise un débit de 10 gigabits par seconde, soit dix fois plus que la fibre optique. Et un temps de latence (le délai de transmission des données), réduit à une milliseconde, contre environ 50 millisecondes pour le réseau 4G.

Verizon et AT&T, les deux leaders américains de la téléphonie mobile, promettent de lancer des phases d’expérimentation grandeur nature fin 2016 et début 2017. «La technologie est prête», assure le dirigeant d’AT&T. Cependant, ces tests ne porteront que sur l’Internet fixe, c’est à dire dans une maison ou une entreprise. «Les premiers smartphones 5G ne seront pas disponibles avant la fin 2019, ou plus certainement 2020», explique Michael Roberts.

Internet des objets

Pour les consommateurs, la 5G promet d’améliorer l’expérience mobile. Par exemple, des applications qui s’affichent plus vite, de vidéos en très haute définition ou encore d’appels en visio-conférence sans aucune saccade. L’Internet sans fil de demain «va aussi permettre des expériences de réalité virtuelle connectée sur les réseaux mobiles», ajoute John Donovan.

Surtout, la 5G doit accompagner le développement de l’Internet des objets. «Les voitures sans conducteur, la robotique ou encore les villes intelligentes vont solliciter les réseaux mobiles comme jamais», poursuit le responsable. Selon l’institut Gartner, le nombre d’objets reliés à Internet devrait passer de 6,4 milliards en 2016 à 21 milliards en 2021. Une prolifération que la 4G ne pourra pas supporter longtemps. En outre, la baisse du temps de latence va ouvrir de nouvelles possibilités, comme des véhicules autonomes capables de communiquer entre-eux ou des robots commandés à distance par un chirurgien.

Swisscom mène aussi des tests

Swisscom mène de son côté, depuis plusieurs jours, des tests sur la 5G en collaboration avec le suédois Ericsson et l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Les résultats seront intégrés dans la définition mondiale des standards pour la 5G, qui devrait être achevée d'ici à 2019. A l'avenir, cette technologie assurera une vitesse nettement accrue, de faibles temps de réponse, mais aussi une plus grande fiabilité et stabilité, indiquait Swisscom en juin. La 5G sera par ailleurs beaucoup moins gourmande en énergie.

Un nouveau modèle d'affaires pourrait ainsi émerger, selon Swisscom. «La 5G pourrait par exemple permettre de contrôler des voitures autonomes», avait affirmé en juin Urs Schaeppi, directeur de l'opérateur. En outre, l'internet des objets bénéficierait nettement des faibles temps de réponse de cette technologie mobile. Les capacités du réseau seraient par ailleurs accrues, permettant de connecter efficacement et de manière économe les différents «appareils intelligents». Selon toute vraisemblance, Swisscom proposera la 5G sur son réseau mobile en 2020.