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Télés Samsung contre LG: duel en ultra haute définition

Les frères ennemis coréens proposent deux modèles de téléviseurs en ultra haute définition reposant sur deux technologies différentes, les OLED et les boîtes quantiques. Faut-il craquer pour l'une de ces télés? Nous les avons comparées

Euro, Jeux Olympiques… Les périodes de compétitions sportives sont toujours propices à l’achat de nouveaux téléviseurs. Encore faut-il une innovation technologique qui pousse à mettre la main au porte-monnaie. Après l’essor de la haute définition (HD) et des téléviseurs à LED, après le flop de la 3D, c’est désormais avec la ultra haute définition (UHD, encore appelée 4K) que les fabricants tentent de nous convaincre de changer de matériel.

Que valent les meilleurs modèles ? Nous avons testé deux téléviseurs haut de gamme de LG et de Samsung, la 55EG920V (2449 francs) et la UE55KS8080 (2599 francs), prêtés par le magasin Digitec. En plus d’un nom poétique, toutes deux ont des diagonales de 55 pouces (138 cm), une définition UHD (3840 x 2160 pixels) et font office de porte-étendards de leurs technologies maison.

OLED contre boîtes quantiques

Seul à maîtriser le procédé de fabrication, LG a opté pour une dalle OLED, contraction de LED organiques. Ce type d’écran équipe certains smartphones et quelques téléviseurs luxueux. Sa particularité: chaque pixel produit directement sa propre lumière colorée, au lieu de filtrer et de colorer la lumière blanche comme c’est le cas pour les TV à cristaux liquides (LCD) à LED.

Samsung a quant à lui choisi d’équiper sa TV d’une dalle à technologie Quantum Dots ou boîtes quantiques. Il s’agit d’un téléviseur LCD avec rétroéclairage à LED, comme 99% des modèles qui équipent nos salons. La différence repose sur la présence dans la dalle de ces boîtes quantiques, des nanocristaux semiconducteurs qui absorbent la lumière et la réémettent à une autre longueur d’onde, et donc à une autre couleur. L’avantage, selon Samsung, est de couvrir une plus large gamme de couleurs qui apparaissent au final plus vives et plus nettes.

Mise à l'échelle

L’achat d’un téléviseur UHD implique d’entrée une concession majeure: celle de la mise à échelle permanente ou «upscaling». Visionner des sources HD (1920 x 1080 pixels) telles que des films en Bluray ou des chaînes de télévision sur un écran possédant 4 fois plus de pixels nécessite d’étirer l’image afin qu’elle occupe toute la surface du téléviseur. Cela se fait évidemment au détriment de la qualité, avec des résultats plus ou moins bons en fonction du matériel.

Malgré des progrès ces dernières années, l’upscaling reste visible sur ces deux modèles. LG s’en sort toutefois haut la main avec une image plus douce et plus naturelle. Le téléviseur de Samsung est à la peine avec un bruit numérique, une pixellisation très visibles et rapidement agaçants. On attend clairement mieux d’un modèle haut de gamme. Il pêche également au niveau des angles de vision, hélas assez restreints alors que le LG autorise un visionnage à presque 180 degrés. Samsung se rattrape tout de même avec une agréable fluidité d’image, qui s'apprécie notamment durant les plans panoramiques ou les séquences de sport.

Les télés OLED, reines du cinéma

Ce n'est qu'avec des sources UHD que ces écrans de luxe s’expriment pleinement. Les premiers films en BluRay UHD sont justement sortis – au compte-gouttes – cette année. Ils ne nécessitent aucun upscaling, offrent un traitement HDR (qui permet d’augmenter le niveau de détail dans certaines zones sombres ou lumineuses, mais aucun de ces deux modèles ne le prend en charge) et bénéficient d’un espace colorimétrique étendu.

Dans les deux cas, l’image obtenue est exceptionnelle. Nous avons visionné plusieurs séquences du film «Mad Max: Fury Road» en HD et en UHD. La différence saute aux yeux avec un niveau de détail plus élevé en UHD, un meilleur piqué et des couleurs saisissantes.

Dans notre duel, c'est encore un avantage assez net pour LG. Avec la technologie OLED, les noirs sont produits par des LED éteintes et qui n’émettent donc aucune lumière. On obtient ainsi des noirs d’une profondeur abyssale et un contraste infini. Que l'on soit néophyte ou expert, on a le souffle coupé devant cette dalle OLED, pour peu qu'on soit dans une pièce sombre. L’effet est néanmoins beaucoup moins marqué dans une pièce lumineuse qui a tendance à éclaircir les zones sombres. Heureusement, un traitement anti-reflet efficace atténue grandement le problème.

De son côté, le téléviseur de Samsung produit des noirs bien moins sombres qui paraissent grisâtres en comparaison. Mais la technologie Quantum Dots affiche tout de même des couleurs éclatantes, particulièrement dans les tons rouges qui sont bien vifs et brillants et ne tirent pas vers le magenta. Le traitement anti-reflet est ici bien moins satisfaisant: la dalle Samsung est un véritable miroir qu'il faudra impérativement placer stratégiquement sous peine de détériorer l'image.

Interface: avantage Samsung

Côté interface, c’est Samsung qui s’en tire le mieux avec des menus basés sur Tizen, le système d’exploitation maison du Coréen. La navigation est claire et fluide, même si la télécommande minimaliste laisse parfois perplexe. L’interface du téléviseur LG est quant à elle exécutée sous WebOS 2.0 grâce à la télécommande qui fonctionne exactement comme le font les manettes de la Nintendo Wii: il faut la pointer vers la TV pour diriger un curseur. Une fonction un peu gadget qui manque de nervosité.

Le design de ces deux téléviseurs est sobre et épuré, avec des bords très fins dans les deux cas, surtout chez LG. Ce dernier aurait pu en revanche opter pour des matériaux un peu plus nobles qu’un vulgaire plastique polycarbonate. Samsung l’a compris en incorporant un pied en métal chromé de qualité. Mais pourquoi avoir imposé la présence d’un boîtier externe pour brancher tous les périphériques? Ce dernier donnera du fil à retordre à ceux qui veulent cacher tous les câbles.

Dilemme cornélien

Au final, que penser de ces deux modèles? Difficile de ne pas recommander en priorité le 55EG920V de LG. Sa dalle OLED propose la meilleure qualité d'image, tout en assurant un upscaling correct des sources HD, ce qui concerne en priorité l'utilisateur lambda. Bien que la UE55KS8080 de Samsung ait quelques arguments pour elle, elle demeure un cran en dessous de sa concurrente. 

Mais l'achat d'un tel modèle en 2016 mérite réflexion. Il n'y a pour l'heure aucune offre sérieuse de télévision en UHD. Swisscom vient à peine de lancer une nouvelle box compatible UHD, mais ne propose que quelques matches de football dans ce format sur des chaînes alémaniques. Youtube et Netflix ont déjà dégainé quelques offres, mais elles sont décevantes.

Surtout, une telle qualité exige un débit internet conséquent d'au moins 40 Mb/s. L'UHD ne s'imposera donc que le jour où une part suffisante de la population bénéficiera d'un débit internet adéquat et que les diffuseurs auront consenti à des investissements. 

Faut-il anticiper cette évolution et craquer dès maintenant, ou attendre sagement quelques années? Le dilemme est cornélien. Une alternative pourrait être d'investir dans un téléviseur OLED avec une simple dalle HD comme le 55EG910V, vendu aux alentours de 1600 francs. De quoi patienter en attendant l'UHD...si elle s'impose un jour.

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