Le père de l’euro tient à rétablir la vérité sur la monnaie unique

Chute du Mur Theo Waigel assure que la mort du Deutsche Mark n’était pas le prix de la réunification

L’ex-ministre allemand distille des anecdotes historiques

Aux yeux des historiens, l’euro était le prix à payer par l’Allemagne pour procéder à sa réunification. «Les témoins de l’histoire sont les pires ennemis des historiens et en tant que témoin, je vous assure que c’est faux», a déclaré jeudi soir à Zurich Theo Waigel, ministre allemand des Finances entre 1989 et 1998. «Le projet de monnaie européenne était en préparation depuis les années 1970. L’euro n’est pas le résultat d’une fausse couche», a ajouté l’orateur invité par Swisscanto. «Avec Helmut Kohl, nous étions convaincus qu’il fallait utiliser la brève opportunité que nous offrait la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, pour procéder à la réunification et en même temps lier davantage l’Allemagne à l’Europe», a-t-il fait valoir. Au moment des nombreux jubilés (1914, 1939, chute du Mur), le père de l’euro, architecte de la réunification, et responsable des critères de Maastricht, a insisté sur le besoin de coopération entre les pays européens pour asseoir la paix.

La réunification allemande a coûté très cher, a poursuivi Theo Waigel: 2000 milliards d’euros, soit 4 à 5% du PIB annuel allemand pendant vingt ans. Mais à un chef d’entreprise américain qui lui reprochait cette «bad acquisition», il rétorqua qu’il s’agissait de rendre libres des concitoyens, que toute l’Allemagne redeviendrait démocratique et que les structures de sécurité en Europe seraient profondément modifiées au profit de l’OTAN. Il demanda alors: Et l’Irak, une «bad acquisition»?

L’europhile Theo Waigel le concède. Il s’est parfois trompé. Dans les années 1990, il avait averti son homologue grec qu’il ne ferait jamais partie de l’euro. Un pari raté. Mais l’inclusion de la Grèce n’est, à son avis, que le résultat «d’un manque de contrôle de la part de la classe politique».

Responsable des fameux critères de Maastricht (déficit public et dette publique), Theo Waigel fut littéralement interloqué de voir le ministre italien des Finances être le premier à les accepter. Convié à s’expliquer sur sa rapide approbation, ce dernier lui fit comprendre que les pressions européennes lui permettraient de convaincre ses concitoyens de la discipline qu’il exigerait de leur part.

DSK le surprit également lorsqu’il refusa le Pacte de stabilité lors de sa première apparition à une réunion européenne, au lendemain d’une victoire électorale des socialistes. Questionné, DSK avança simplement: «Parce que c’était dans notre programme.» Et pourquoi l’y avoir intégré? demanda Theo Waigel. Le Français eut cette réponse: «Nous ne pensions pas être élus.»

Aujourd’hui, Theo Waigel se félicite de la direction prise par la zone euro et de la stratégie des aides conditionnelles aux pays en difficulté. «L’euro a connu une jeunesse difficile, reconnaît-il. Mais sans la monnaie unique, les pays européens se seraient livrés à une guerre de dévaluations compétitives», a-t-il estimé. Theo Waigel se rappelle en effet les années 1990, les crises du Système monétaire européen (SME) et les week-ends passés à réaménager les monnaies. «Il m’est arrivé de mentir à un journaliste persuadé que je partais à Bruxelles pour modifier les parités. Je m’en suis confessé auprès de l’évêque, lequel a approuvé mon action», a avoué le ­Bavarois.

Partisan d’une plus grande subsidiarité dans l’UE, d’une plus grande concurrence et d’une moindre bureaucratie, il déplore la volonté de certains Anglais de quitter l’UE. «Ils auraient à en assumer les conséquences et devraient céder aux demandes écossaises de les quitter pour rejoindre l’UE», conclut-il.