Le premier Musée international des actions, inauguré jeudi à Olten, n'intéressera pas que ceux que tente le démon de l'argent. En fait, il s'agit d'un fantastique voyage à travers le temps et les continents, du XVIIIe siècle à nos jours, où l'on retrouve la grande épopée de la colonisation, les faillites retentissantes et les success stories, où l'on côtoie les pionniers des chemins de fer, les noms mythiques du capitalisme et les escrocs.

Jakob Schmitz est un passionné. En vingt ans, cet Allemand a accumulé 7000 actions. Il a fréquenté les maisons de vente aux enchères, les marchands, écrit des livres et organisé des expositions. Aujourd'hui, à 65 ans, «sans fils, je ne voulais pas que ma collection soit dispersée après ma mort». L'idée du musée était née.

Il arrive parfois que le temps donne raison aux amoureux de belles pièces et qu'ils deviennent ainsi également chanceux en argent. Jakob Schmitz en est. Le marché des actions anciennes les plus fameuses s'est apprécié de 1600% en vingt ans. Trente-cinq ventes aux enchères sont organisées chaque année et le chiffre d'affaires du secteur est estimé à 15 millions d'euros. Jakob Schmitz ne veut pas mettre un prix sur ses œuvres. Mais le CEO de Swiss Financial Services (SIS), Heinz Haeberli, dont le groupe a acquis la collection et construit le musée, parle d'un montant à 7 chiffres (moins de 5 millions).

Point de hasard si SIS s'est porté acquéreur en 2001. La société est en effet spécialisée dans les prestations de règlement et la conservation de titres. Tout près du nouvel immeuble qui abrite le musée, se trouve le Fort Knox de la Suisse. En qualité de dépositaire central de titres, la filiale SIS SegaInterSettle conserve dans un immense coffre-fort tous les titres suisses négociés dans le monde et tous les titres étrangers négociés en Suisse. La fortune est telle, 1580 milliards de francs, que les mouvements sont commandés par un ordinateur central à Zurich, qui mélange régulièrement les blocs de titres afin qu'aucun être humain ne sache où ils se trouvent exactement. Cet abri se visite aussi, mais c'est beaucoup moins exaltant. Bref, il n'était pas illogique que le passionné et le professionnel des actions se rencontrent et négocient.

Raretés historiques

Seules 80 pièces sont exposées, c'est le point faible de ce musée. Heinz Haeberli cherche à nous rassurer. L'exposition sera tournante et des actions présentées dans d'autres villes. Autre contrainte désagréable: le public ne sera admis dans un premier temps, dès le 15 juillet, que les mardis et mercredis.

Toutes les pièces ne sont pas sublimes. Une action reste avant tout un morceau de papier, imprimé à plusieurs exemplaires. Mais elles ont toutes valeur de témoignage: les débuts de l'industrialisation, du cinéma avec un titre des studios Chaplin, de la ruée vers l'or en Australie, les grands travaux d'aménagement dans les colonies (le canal de Suez par exemple), les grandes découvertes comme le train à crémaillère inventé en 1863 par Niklaus Riggenbach… Si la naissance des actions remonte à 1602 – date à laquelle des comptoirs hollandais se regroupèrent en société par actions pour diminuer le risque financier des expéditions dans les Indes orientales –, elles ne se sont généralisées qu'à l'époque de l'industrialisation, au XIXe siècle. C'est dire si les papiers-valeurs antérieurs restent rares, et l'exposition en possède quelques beaux spécimens.