Printemps 1997. Côté pile, un boom immobilier insolent à Bangkok, capitale de la Thaïlande. Côté face, des milliers de mètres carrés inoccupés. Et des propriétaires avec des dettes obtenues, souvent, par copinage auprès de banques elles-mêmes financées grâce aux capitaux étrangers volatils et en quête de rendement rapide. Le tout dans un marché financier libéralisé et surtout sans contrôle. Un cocktail explosif...

Eté 1997. Les défauts de paiement s'accumulent. Le krach immobilier déborde massivement sur le secteur financier. Les faillites de banques se succèdent. La bourse thaïlandaise dégringole. Lorsque le 2 juillet la Banque centrale de Thaïlande détache le baht du dollar, une forte dévaluation frappe l'ensemble de l'économie. Les entreprises doivent supprimer des emplois et fermer leurs portes. Les capitaux étrangers se retirent, enfonçant la Thaïlande dans la pire crise financière qu'elle ait jamais connue.

Automne 1997. Telle une tempête, la crise se propage chez les voisins: Malaisie, Indonésie, Philippines et Corée du Sud. La Banque mondiale fait le bilan de la crise. Près de 100 milliards de dollars ont fui la région en 97-98, soit l'équivalent de 5% du PIB de chaque pays. L'Indonésie compte 800000 nouveaux chômeurs, la Corée 1,35 million et la Thaïlande 1,5 million.

Au plus fort de la crise, la rupiah (Indonésie) a perdu 75% de sa valeur, le baht (Thaïlande), le ringgit (Malaisie), le peso (Philippines) 35%, et enfin le won (Corée du Sud) 30%.

Hiver 1997. Les pompiers arrivent. Le Fonds monétaire international (FMI) débloque 17 milliards de dollars pour la Thaïlande, 38 milliards pour l'Indonésie, 40 milliards pour la Corée du Sud et 600 millions pour les Philippines. Ces pays s'engagent à assainir leurs institutions, en particulier les banques. Seule la Malaisie, qui détient d'importantes réserves de devises, refuse l'aide du FMI. Alors que les autres pays libéralisent le marché de devises, elle instaure une parité fixe entre le ringgit et le dollar. Pour freiner la spéculation, elle oblige les capitaux étrangers à rester au moins un an dans le pays. Initialement, ces mesures essuient le feu des critiques internationales. Elles seront par la suite acclamées.

Printemps 1998. La tempête financière a certes ébranlé l'Asie du Sud-Est, mais ne l'a pas renvoyée à la case départ. Le tissu industriel tient bon. La dépréciation des monnaies relance les exportations. Les capitaux étrangers reviennent, de nouveaux emplois sont créés et la consommation est relancée. La région retrouve le chemin de la prospérité. Si le taux de croissance chute de 4% en 1998, il rebondit dès 1999.

Automne 2000. Les dirigeants d'Asie veulent prendre des mesures préventives. Réunie en septembre 2000, l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) plus le Japon, la Chine, la Corée du Sud émettent l'idée d'un Fonds monétaire asiatique qui aiderait ses membres en cas de nouvelle crise, et d'une monnaie unique régionale. Cette «Initiative de Chiang Mai» sera repoussée par le FMI et les Etats-Unis.

Hiver 2004. L'Asie a retrouvé son dynamisme. La Malaisie, l'Indonésie, les Philippines et la Corée du Sud, dits les Tigres asiatiques, ont rejoint le club des Dragons (Hongkong, Singapour et Taïwan). Le marché intérieur asiatique s'est consolidé alors que les exportations sont florissantes. Les pays ont constitué des réserves importantes de devises. Fin 2004, ils lancent un fonds de 75 milliards de dollars, qui leur permettra de se passer du FMI en cas de crise.

Fin 2006-printemps 2007: Un vent de spéculation souffle à nouveau sur la Thaïlande, révélant la vulnérabilité de l'Asie du Sud-Est. La bourse chinoise corrige brusquement en février, entraînant avec elle les bourses mondiales. Sa volatilité et sa flambée de 81% cette année alerte les autorités chinoises d'une possible bulle spéculative.